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 Saga de l'ermite vagabond

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MessageSujet: Saga de l'ermite vagabond   Lun 16 Jan 2006 - 23:17

[HRP]Ces quelques lignes constitueront la saga de mon personnage, à savoir Sphax, sur les hautes terres de Sarwyen. J'espère pouvoir en réaliser un épisode de temps à autre. L'auteur décline toute responsabilité en cas d'anachronisme, faits contés irréels ou portraits trop critiques. Pour les réclamations, s'adresser à Sphax, section HRP, 18ème frêne en partant du granc chêne, 77777 forêt sacrée d'Ehlonna. PS : pour ceux qui ne sont pas cités, ça va certainement venir Wink [/HRP]

Chapître 1 : Décisions

Sphax demeurait depuis maintenant une semaine révolue dans la cité des Enfers, et il ne s'y sentait pas si mal. Certes, il était toujours troublé de voir des bois aussi peu éclairés, et la douceur de la brise du soir dans les feuilles avait été remplacée par des sifflements à glacer le sang du plus endurci. Le jeune centaure vagabond se dit pour lui-même que la cité ne risquait pas d'être attaquée par ces bois, la moindre armée, pour féroce qu'elle fût, ne tiendrait pas 100 mètres, à moins que tous ses soldts soient sourds...
Mais ces quelque peu effrayants bois avaient finalement été ce que le centaure avait trouvé de plus effrayant dans la ville. Alors qu'il s'était attendu à être reçu à coups de pierres, de massue ou d'autres objets plus ou moins tranchants et contodants, il avait finalement été très bien accueilli. Même s'il n'était tout de même pas considéré comme un autochtone, ses origines lothiennes ne lui avaient valu aucune moquerie ni brusquerie. Au contraire, les gens s'étaient montré particulièrement affables, et Sphax se dit que ne seaient-ce les énormes haches pendues à la ceinture de chaque individu, homme ou femme, enfant ou adulte, il pourrait presque penser que les membres de cette communauté n'étaient que de paisibles artisans.
Le seul moment difficile qu'il ait passé s'était déroulé...à la taverne. Il avait assisté à une joute verbale animée entre un troll et un félys qu'il ne connaissait que trop bien, l'objet de la querelle étant de conquérir le coeur de Blue. Son nom avait malheureusement été lancé en plein milieu de cette houleuse conversation, et le centaure s'était prestement enfui, alors que les deux protagonistes lui jetaient un regard assassin. Il lui revint en mémoire le choc qu'il avait reçu lorsqu'il avait reçu un tabouret en pleine face à la taverne de Loth, il y'a longtemps de cela (pour tout dire, l'inamovible Maître Kell n'était même pas encore le gérant), sans raison aucune, alors qu'il visitait pour la première fois les terres des disciples de la déesse de la Nature. D'ailleurs, il en avait toujours voulu au lanceur du tabouret, et s'il ne s'était pas évanoui durant une heure suite au coup, il se serait sûrement vengé...l'autre problème étant que c'était justement son chef Foaly qui lui avait fait cette plaisanterie d'un goût que l'ermite trouvait plus que douteux. Enfin bref, le jeune centaure n'avait pas assisté en personne à la fin de la dispute, et en sortant il se mit à errer deci-delà, en se disant
"Sacré Aioros ! Il ne pense qu'aux filles !"
Sphax déambulait dans les rues, en proies à diverses pensées. En premier lieu, il se demandait quel serait l'accueil des Ehlonniens lorsqu'il reviendrait de ce voyage. Ensuite, la traversée des territoires reliant les deux royaumes lui avait redonné le goût de l'aventure, sans toutefois qu'il ne parvienne à surmonter la phobie latente qu'il avait désormais à l'idée de s'attaquer avec une arme à un être humain.Ce qui était relativement gênant à l'idée d'arpenter des contrées inconnues, d'autant que les centaures en général, et lui en particulier, ne montraient aucun aptitude à la pratique de la magie, chose qui aurait pu résoudre son problème. Il ne pourrait devenir ni prêtre, ni sorcier, à la limite les connaissances qu'il avait accumulées sur la Nature durant son année d'ermitage et sa vie sur les terres de Loth lui auraient permis de se faire herboriste, malheureusement il se voyait mal se défendre face à des monstres tous plus méchants les uns que les autres avec du tilleul et de la menthe...ça n'aurait pas été sérieux. Et surtout pas viable.
Malgré cela, l'aventure le démangeait. En venant dans les contrées des Enfers, le vagabond avait compris qu'il avait assez patienté, seul dans sa forêt. D'ailleurs, il était en voie de guérison, ses nuits devenaient de plus en plus calmes, et ses visions le hantaient de moins en moins. Il n'avait toutefois toujours pas réussi à viser quelqu'un de son arc, même s'il avait tenté de le faire à l'insu d'un orc sauvage de passage, qui ne se doutait de rien. L'orc avait continué son chemin sans être inquiété, et le centaure avait une nouvelle fois été en prises avec ses visions.
Ne sachant que faire, il décida de retourner à la taverne, avec un peu de chance, la...hum...paisible conversation aurait cessé.


Dernière édition par le Lun 16 Jan 2006 - 23:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Saga de l'ermite vagabond   Lun 16 Jan 2006 - 23:18

Lorsqu'il revint, tout le monde s'était calmé, et il chercha du regard Aioros, à qui il comptait demande conseil. Il le trouva – comme d'habitude – accoudé au bar, en train de faire les yeux doux à une jeune servante félysse.
« - Tiens, ça y'est, vous avez fini de – hum – discuter ? La dispute est close ?
- Ah, Sphax ! Ben...c'est-à-dire que...on a pas été parfaitement chics, et Blue est partie quand elle a cru que je faisais des avances au troll et pas à elle.
- Pardon ?
- Mettons que je n'ai rien dit. Qu'est-ce qu'il se passe ? »
Sphax lui conta brièvement ses dernières pensées. Le félys acquiesca.

« - Je comprends ce que tu ressens. Mais, à moins que tu aies une réelle envie de suicide, ne t'aventure pas hors de ces Terres désarmé, il paraît d'ailleurs que tu as eu quelques petits problèmes en arrivant ici. D'autant que ton aura magique est aussi puissante que celle d'une enclume, un maître sorcier ne pourra rien tirer de toi
- Merci du compliment.
- Je dis ce qui est. Tu ne seras jamais un bon magicien.
- Je m'en doute. Mais passons. Tu n'aurais pas une idée pour qu'au moins je puisse rentrer jusqu'à ma hutte sans avoir à payer une escouade de mercenaires ?
- Euh...non. Mais va voir Blue, je pense qu'elle saura te donner de bons conseils.
- Ok, merci des infos. Et à la prochaine. »
Mais le Félys lorgnait de nouveau vers la serveuse. Sphax s'éclipsa discrètement, et, dans la rue, demanda qu'on lui indique le chemin de la Tour dans laquelle demeurait Blue, ce qu'un aimable nain passant légèrement éméché lui fit, à grands renforts de gestes imprécis. Il prit la route qu'on lui avait conseillée, restant toutefois méfiant, l'état d'alcoolisation du nain rendant possibles les erreurs de sa part. Mais il parvint finalement à bon port, et fut introduit dans la suite de la générale des armées.
Celle-ci le reçut presque immédiatement, dans une grande salle entièrement recouverte de tentures finement tissées et remplie de coussins moëlleux, que Sphax supposa être également à l'occasion un séjour de grand luxe si invités il y'avait.

« - Mes respects, générale, dit le centaure.
- Oh, je t'en prie, appelle moi Blue, je trouve ça lourd à l'extrême de me faire appeler « générale ». A t'entendre on dirait que tu es un ambassadeur.
- Hem...désolé. Donc bonsoir, Blue. J'ai besoin de quelque aide, et on m'a dit que tu étais de bon conseil.
- Ah...on t'a dit ça...je suppose que je dois prendre ça pour un compliment. Et bien, qu'as-tu donc ?
- Et bien, voilà... »
Le centaure conta ses pensées pour la troisième fois de la soirée, celles-ci s'imposant de plus en plus à lui au fur et à mesure qu'il les récitait.

« - Mais pour partir en quête, je dois d'abord repasser par ma demeure en Loth. J'ai quelques personnes à saluer, et des affaires à récupérer.
- Une ardoise à effacer aussi ?
- Non, ça c'est bon, je m'en suis déjà occupé. Mais je n'ai pas tellement envie en chemin de me faire couper en trois par des trolls.
- Je comprends. Et tu n'arrives toujours pas à tenir ton arc ?
- J'ai essayé...mais non. Je tire les lapins, parfois les oiseaux avec des efforts, mais rien de plus gros.
- Et depuis quand souffres-tu de cette phobie ? »
Le jeune centaure réfléchit. A vrai dire, il ne s'était jamais réellement posé la question, préférant ne pas repenser au choc émotionnel, et craignant que la simple évocation de ces souvenirs ne le rende sujet à une de ses crises.

« - Je ne sais plus très bien...je me trouvais sur les Hautes Terres de Barla, mais je ne sais trop où...
- Les anciens de ma tribu disent que pour vaincre un mal, il faut le prendre à la racine...ironique venant de nous, non ? Mais je suppose que si tu reviens sur les lieux de tes ennuis, tu pourras surmonter ta peur.
- C'est possible, en effet. Mais je pense que mes chances d'arriver vivant sur Barla en l'état actuel des choses sont proches du zéro absolu.
- En effet...et bien, tu devrais te joindre à un groupe de membres de ton clan qui désirent se rendre sur ces mêmes terres. Je te promets qu'aucun de mes guerriers ne lèvera la main sur vous durant toute votre quête. Par contre, arrivé sur les lieux, je pense qu'il serait bon que vous vous sépariiez, car les tiens sont aimés par certains, mais aussi haïs par d'autres. Je ne tiens pas à ce que tu meures dans un règlement de comptes. Par contre, en voyageant seul à Barla, peu de monde t'attaquera. Tu n'as l'air ni puissant, ni riche, seuls quelques psychopathes trouveraient du plaisir à te traquer.
- Et pour rentrer à Loth ?
- Je peux t'aider sur ce point-ci. J'ordonnerai à quelques-uns des miens de t'aider à traverser les gorges. Par exemple, je suis sûre qu'Aioros sera ravi à l'idée de brûler quelques trolls, après la conversation de ce soir.
- Et bien merci, je ne sais que faire pour te remercier.
- Ce n'est rien. L'hospitalité des Enfers a toujours été renommée. J'aimerais seulement te poser une question : tu m'as parlé de faire une quête, mais quelle quête ? »
Le jeune centaure ne répondit rien, se dirigea vers la porte, puis dit à Blue en se retournant :

« - Je vais chercher à me comprendre. ».
Sphax ressortit à pas lents de la tour, laissant Blue perplexe... Il retrouva ensuite Aioros, qui était tout juste assez sobre pour comprendre ce que le centaure lui demandait, et qui annonça qu'il serait ravi de l'aider à traverser le canyon. Par contre il l'avertit qu'il ne dépasserait pas les limites des gorges, car au-delà un Enfer esseulé n'était plus en sécurité s'il n'était pas préparé. Le vagabond ne trouva pas nécessaire de demander d'autres aides.

Le lendemain matin, Sphax refit ses bagages dès l'aube, puis sortir sur la place afin de voir si Aioros s'était réveillé, ce qui était le cas. Il vit également que Blue était là, et il la salua, puis ils se mirent en route. Discrètement, Blue donna l'ordre à quelques archers de sa garde personnelle de les suivre.

Le centaure et le félys marchèrent le temps nécessaire à arriver à l'entrée des gorges. Ils s'y engouffrèrent sans hésiter, sans remarquer même les quelques silhouettes menaçantes perchées sur les contreforts rocheux.
Ils marchèrent quelques hectomètres sans croiser aucun troll, enfin aucun troll vivant, car les restes de plusieurs individus de ladite race jonchaient les bas-côtés du chemin. A un premier croisement, Aioros conseilla de partir vers la gauche, ce qui était plus long, mais moins risqué, les orcs et autres bestioles vertes redoutant cette zone pour quelque raison obscure.
Ils avancèrent quelques temps, le chemin devenant de plus en plus tortueux et escarpé au fur et à mesure qu'ils s'enfonçaient profondément dans les gorges, ce qui provoqua une drôle de sensation chez le centaure, qui proposa a son camarade de faire demi-tour. Mais Aioros le rassura, en effet, rien d'apparent ne laissait prévoir un quelconque danger.
Soudain, alors qu'il se tenaient l'un derrière l'autre dans une portion de canyon très fine, un énorme grondement les fit se retourner. Le centaure, qui fermait la marche, se retrouva face au plus énorme troll qu'il n'ait jamais vu, et qui semblait malheureusement ne pas être un de ces abrutis de trolls sauvages. Il fit volte-face juste à temps pour éviter le coup de massue du monstre, et crût être tranquille pour un instant, le temps de s'enfuit. Mais le troll se redressa à une vitesse ahurissante pour un être de sa taille, tandis que trois elfes vêtus de noir apparurent face à Aioros et le forcèrent à une prouesse acrobatique pour éviter leurs projectiles magiques.
Le troll les incita à se rendre :
« Vous n'en sortirez pas vivants ! » Mais le félys était trop fier pour se laisser capturer, et riposta avec violence en lançant une énorme boule de feu sur le troll, qui encaissa le choc sans broncher. Il se jeta alors sur Sphax, qui eut juste le temps de se baisser pour éviter le coup de massue circulaire lancé par la bête, coup qui provoqua une énorme éraflure dans la roche. Pendant ce temps, les trois elfes lançaient des projectiles magiques en tous sens, avec la ferme intention de carboniser le félys.
A un moment, Aioros parut faiblir, et un des elfes se rapprocha légèrement de lui pour l'achever. C'était sans compter sur la ruse du félys qui d'un bond arriva au contact de son adversaire et l'électrocuta, le tétanisant sou l'effet du choc. Peu rassurés de voir leur ami blessé, les deux autres congénères redoublèrent de violence dans leur danse macabre, chacun des projectiles semblant passer plus près du corps du félys.
Sphax, lui, ne tentait absolument pas d'attaquer, et même s'il en avait eu la possibilité, il ne lui serait jamais venu à l'idée de se servir de son arc. Le troll bougeait tellement vite que le centaure se demanda si ce n'était pas un elfe qui aurait dégénéré. L'autre donnait des coups si puissants qu'un seul d'entre eux aurait définitivement réduit la plupart des êtres au silence éternel.
Le jeun centaure se retrouva finalement acculé face à la paroi, le troll s'approchant de lui avec un sourire vicieux. Aioros, trop occupé à esquiver les projectiles enflammés, ne s'en rendit même pas compte. En rigolant, le troll le va sa massue, mais la rebaissa aussitôt en se retournant.
Plusieurs flèches tombèrent du ciel, l'une d'elles perforant le dos du troll, ce qui n'était certes pas trop grave pour un être comme lui, mais tout de même gênant. Celui-ci scruta l'horizon pour savoir d'où provenaient les flèches, mais d'autres lui répondirent, le contraignant à sonner l'alerte et à donner l'ordre à ses camarades elfes de s'enfuir. Les deux elfes, qui encerclaient Aioros, se regardèrent, puis se jetèrent sur leur compagnon blessé, lui ôtèrent son armure afin de l'alléger, l'un d'eux le prit sur son épaule, et ils partirent sans demander leur reste, filant comme le vent.
Sphax était encore sous le choc pour véritablement comprendre ce qui s'était passé. Il vit alors arriver un petit groupe de félys, portant tous un arc en bandoulière et arborant la livrée de l'armée des Enfers. Non loin derrière eux trottait tranquillement Blue, qui s'approcha des deux guerriers en souriant et leur déclara :

« - Tsss, Sphax, je t'avais dit que je te donnerais une escorte. Pourquoi êtes-vous partis seuls ?
- Hem...Sphax baissa la tête...je ne voulais pas abuser de votre hospitalité.
- Avec ça tu as failli abuser de ta vie, et Aioros avec toi. Mais l'affaire est réglée. Qui étaient vos agresseurs ? »
Aioros déclara :

« - Je ne sais pas, mais ils étaient bien entraînés. L'un deux a laissé son armure là-bas, peut-être quelqu'un la reconnaîtra-t-il ? »
Blue s'approcha de l'armure à l'abandon, la prit, l'observa quelques secondes et dit :

« - Vous n'avez pas remarqué cette tête de dragon bleue ici ?
- C'est-à-dire...ils portaient tous des capes, dit le félys
- C'est la livrée des chevaliers Gouzigouloums. Cela signifie qu'ils savaient que vous seriez ici, car sinon ils n'auraient eu aucun intérêt à tendre une embuscade dans un endroit aussi désert. Les Gouzis ne sont pas stupides: ils n'attaquent pas si le jeu n'en vaut pas la chandelle.
- Mais que nous voulaient-ils ? demanda Sphax
- Je n'en sais que trop rien. Mais ton voyage peut se révler bien plus ardu si ces traîtres chevaliers sont lancés à tes trousses. Je te souhaite une bonne chance, Sphax. J'ai confiance malgré tout en toi, et je crois à ta réussite. Va maintenant. La sortie des gorges est tout prêt d'ici.
- Merci, Blue. Et toi aussi, Aioros. »

Le jeune centaure s'avança, sous le regard dilencieux des félys et de la centauresse. Il ne comprenait pas du tout en quoi il pouvait être traqué, mais il se dit qu'après tout, cela rajouterait du piment à sa quête...
Il se mit à galoper en direction des bois de Loth.
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MessageSujet: Re: Saga de l'ermite vagabond   Mar 17 Jan 2006 - 20:14

Chapître 2 : Enseignements

Sphax était fourbu. Il galopait presque sans interruption depuis sa sortie des Gorges, ne s'autorisant que quelques heures de repos chaque nuit avant de reprendre sa route dès l'aube. Il était impatient de rentrer chez lui, l'atmosphère de Loth lui manquait.
Il repensait aux conseils de Blue. Il n'avait pas voulu les suivre, estimant que l'escorte était surranée pour traverser le canyon, et cette erreur lui avait causé de belles frayeurs. Par conséquent, l'idée qu'avait proposé la générale, à savoir accompagner un groupe d'aventuriers voués à la Grande déesse voulant se rendre sur les Terres de Barla. Seulement, qui ? Depuis quelques temps, le jeune centaure ne prenait plus activement part à la vie de la tribu, il ne savait donc pas si des membres de la tribu de Loth avaient l'intention d'entamer ce périple.
Son galop dura quatre jours, avant qu'il n'aperçoive les grands chênes bordant la forêt sacrée. Cette vision lui redonna des forces, et il redoubla d'ardeur jusqu'à arriver à sa hutte. Sitôt fait, il s'allongea de suite sur le tapis lui servant de couche, et s'endormit aussitôt du sommeil du juste, qui dura durant une nuit entière.
Au matin, encore fatigué, mais ayant retrouvé quelque vigueur, il se décida à descendre au village pour passer à la taverne. Il avait l'intention de chercher des informations sur la prochaine « caravane » de migrants, et ses quelques jours de vacances, comme il aimait à les appeler, lui avaient redonné goût à la vie en société, même si une longue proximité avec une population nombreuse le rendait toujours agoraphobe.
Il fut ému de retrouver son village. Il vit que les dégâts d'Aioros avaient étés prestement réparés, et que des chaumières flambant neuves trônaient désormais sur les lieux du sinistre. Il continua sur son chemin et parvint au « centre nevralgique de Loth », dixit Foaly, à savoir la taverne de Maître Kell, le seul et l'unique.
Le centaure pénètra dans le lieu, devenu sacré pour l'ensemble de la population. La décoration ne changeait pas, tout comme le maître des lieux. Le célèbre tavernier était toujours le même, avec ses tatouages indéfinissables, son regard franc et son air placide. Mais Sphax savait pour l'avoir déjà vu s'énerver que le sang pourtant froid du lézard pouvait rapidement s'échauffer.
La taverne était peu peuplée à cette heure matinale. Le centaure s'approcha de Kell.

« Bonjour, Maître.
- Oh Sphax ! Ca faisait longtemps... Eh bé, tu as changé dis-moi. C'est la vie au grand air qui fait ça ? Qu'est-ce que je te sers ?
- Comme au bon vieux temps, un cocktail. Mais non alcoolisé s'il-te-plaît. Je ne tiens pas l'alcool.
- Toujours pas ? Si tu veux mon avis, l'appétit vient en mangeant. Mais le cocktail Petit joueur de monsieur est avancé. »
Le saurus saisit une chope, et d'une série de gestes experts, la remplit d'une substance à l'allure suspecte, de couleur rose. Mais Sphax savait qu'il ne fallait pas se fier aux apparences, malgré qu'il n'ait jamais réussi à donner à ses breuvages une allure potable, Kell était un génie du goût.

« Eh bien, qu'est-ce que tu racontes depuis le temps ? Tu avais disparu de la circulation depuis peu, je me trompe ? »
Sphax narra brièvement au saurus ses aventures, que le tavernier accueillit d'un regard étonné, lui d'ordinaire si flegmatique.

« Et tu en es revenu vivant ?
- Et bien oui. J'y ai même rencontré des gens très sympathiques, qui m'ont promis de ne jamais toucher à ma personne et de tout faire pour ma sécurité.
- En même temps, tu es relativement inoffensif désormais. Il faudrait vraiment que ce soit pulsionnel pour que quelqu'un ait l'idée de te tuer.
- Mais je te l'ai dit, c'est arrivé. Enfin bref. Je voulais savoir, est-ce que certains aventuriers ont l'intention de partir pour les Terres de Barla sous peu ?
- Et bien, pas trop tôt. Les visions du Grand Prêtre ont revélé que les auspices ne redeviendront favorables qu'à partir du mois prochain. Donc tous ceux qui souhaitent entamer le périple ne le feront qu'à partir de cette date.
- Hmmm... Au moins j'aurai le temps de me préparer. Et qui compte le faire ?
- Je ne sais pas exactement tout le monde, mais je connais quelques noms.
- Ah. Voilà qui m'intéresse.
- Tout d'abord, il y'a Saphira. Elle a loupé la dernière expédition d'un jour, parce qu'elle avait pris une cuite. Elle brûle de partir, et je la comprends. Ensuite, pour continuer chez les saurus, il y'a Krakus. Elle aussi s'ennuie, et aimerait se changer les idées. Enfin, il y'a moi.
- Toi ? La vie de tavernier te rebute à ce point ?
- Pas du tout, j'adore mon métier, et je compte bien finir mes très vieux jours ici. Mais je me lasse un peu de l'immobilité, et je veux faire ce périple pour me ressourcer, et pourquoi pas pour me renouveler dans mes talents de tavernier. J'ai l'impression que je stagne en ce moment.
- Je ne trouve pas, tes cocktails sont toujours aussi bons. Il n'y a que des saurus ?
- Non, ne t'inquiète pas, quelques centaures nous accompagneront. Il y'a je crois Wololo et Boadicea. Tu te sentiras moins seul. »
Sphax se creusa la tête, car en premier lieu ces noms n'évoquaient que de vagues silhouettes dans son esprit, au contraire de sa grande amie Krakus ou de Saphira, dirigeant une section du clan. Il se souvint enfin que Wololo était un grand centaure qui fréquentait la taverne de temps à autre, alors que Boadicea l'avait surtout marqué par sa magnifique robe immaculée. Il n'y a pas de secrets, se dit-il, plus les gens fréquentent l'établissement de Maître Kell, plus ils sont célèbres, parfois à leur insu...

« Est-ce tout ?
- Non pas, nous avons aussi un compagnon à poils, Kinyon. Celui qui passe son temps à faire des jeux de mots.
- Oui, je me souviens bien de lui. Ca fait déjà une belle troupe.
- Je pense aussi, surtout que nous auront de par le fait deux prêtresse parmi nous. Pas grand chose à craindre des monstres. Et si tu dis que l'Armée des Enfers ne nous fera pas de mal avant Barla, les dangers seront tout de même bien réduits. Il n'est jamais bien agréable de les croiser lorsqu'ils sont animés de mauvaises intentions.
- Les nouvelles sont donc bonnes dans l'ensemble. Très bien, Maître, je me retire donc et vous souhaite une agréable journée. Combien pour le verre ?
- C'était le premier depuis longtemps, je te l'offre. Surtout que je te soupçonne de ne pas avoir de quoi le payer.
- Moi ? Hemm... bon, il se fait tard ! Encore merci. »
Effectivement, Sphax n'avait pas de quoi payer la consommation. Il savait que les ristournes de Maître Kell étaient très fréquentes.
Mais il ne savait que faire désormais. Un mois ! Un moins complet à attendre ! A quoi le consacrer ? Comme la réponse n'arrivait pas immédiatement, il décida d'aller s'asseoir sous un des grands arbres de la cité. Il choisit un magnifique saule jaune et vert, et se coucha en-dessous, presque caché par l'abondante masse de feuilles du végétal.
Le centaure réfléchissait. Il n'avait réellement aucune idée d'activité constructive à entreprendre. De plus, il avait peur de se sentir totalement inutile dans la quête que ses camarades désiraient entreprendre : que faire d'un centaure comme lui ? Il ne se frappe pas, il ne tire pas, enfin plus, il ne vole pas, il ne pratique pas la magie, et ne soigne personne.
Soudain, il eut le préssentiment qu'il avait touché juste, mais il ne savait pas exactement pourquoi. Il repensa alors à son inutilité, et il vit alors à quoi il pouvait devenir utile : certes il ne connaissait pas la magie, mais il connaissait la nature. Alors pourquoi ne pas suivre quelques temps les bases de l'enseignement de druide ?
L'idée parut immédiatement géniale à Sphax qui se leva, et se mit à gambader pour exprimer sa joie. Mais il se rappela soudain qu'il n'y avait pas de druide au village, seul le Grand Prophète connaissait les arcanes de la caste, et il était loin d'être sûr que celui-ci accepterait de les lui confier. Néanmoins, ne voyant aucune autre issue possible à son problème, il se dirigea vers la demeure du Prophète, située en lisière du bois sacré.
Il arriva quelques minutes plus tard devant la porte de la hutte. Rien ne pouvait laisser croire que l'autorité suprême du clan résidait ici, si ce n'est l'étrange aura qui se dégageait de lieu. Sphax hésita, puis frappa finalement à la porte de la hutte. Rien ne répondit, puis il entendit un léger bruit, et le Prophète ouvrit la porte.
C'était un bel elfe de haute stature, aux longs cheveux blancs. Son regard bleu azur semblait sonder instantanément la personnalité de chacun.

« Entre, Sphax. Je t'attendais. »

Le jeune centaure expliqua ses mésaventures au Prophète, qui l'écoutait d'un air absent, semblant être perdu dans ses pensées. A la fin du récit, celui-ci sortit de sa torpeur.

« Ton parcours est loin d'être banal pour un membre de notre clan. Je dois dire que jamais je n'ai entendu quiconque souffrir des mêmes symptômes que toi. Mais j'avoue que ton idée de découvrir les rudiments du druidisme me séduit, tu as fait preuve de sagesse dans ton parcours jusqu'ici, l'esprit de la forêt que tu as cotoyé pendant un an semble avoir eu un bon effet sur toi. Soit, je t'apprendrais tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu en saches le plus possible sur les pouvoirs de la Nature. Viens me voir ici tous les matins dès l'aube. »

L'apprentissage de Sphax commença alors. Chaque matinée, il se rendait chez le Grand Prophète, qui lui enseignait alors comment se nourrir, soigner, panser les blessures avec des plantes. Il lui enseigna même comment comprendre les réactions des animaux, mais le Prophète l'avertit qu'il ne devait pas se reposer sur ce pouvoir :
« Tu peux comprendre, parfois communiquer avec les animaux, mais ils garderont toujours un libre-arbitre. Tu ne peux avoir totalement confiance en leurs réactions. »
Chaque soir, le centaure s'écroulait sur sa paillasse, épuisé, tandis que le Prophète semblait chaque matin plus en forme durant les longues marches qu'il faisaient ensemble. Et chaque matin, malgré sa fatigue, il retournait à la hutte sacrée, car cet enseignement était le seul espoir qu'il avait de pouvoir partir en quête sans passer pour inutile.
La veille du jour du départ, à la fin de la journée, Sphax se sentait plus en forme qu'à l'habitude, ce qui le rassura : leurs aventures forestières semblaient l'avoir renforcé physiquement. Le Prophète, d'habitude si silencieux sur tout ce qui ne touchait pas au druidisme, planta dans son regard dans le sien.
« Je suis heureux, Sphax, de ce que tu as appris. Malgré cela, sache que l'enseignement de l'art des druides prend plusieurs années aux meilleurs, et même si tu est plutôt doué, tu n'as vu qu'un part minuscule de leurs immenses savoirs. Je ne saurais donc trop te conseiller d'emporter avec toi ton matériel de rôdeur, car il est possible que lors de ta quête, tu découvres les origines de tes maux et que tu parviennes à les vaincre. Sur ce, bonne route. J'espère t'avoir été utile. »
Sphax s'inclina respectueusement, tandis que le Prophète s'éloignait tel une ombre dans les profondeurs des bois...
Le centaure prit alors la route de sa hutte, se disant que c'est un trajet qu'il ne referait sans doute pas avant longtemps. Il avait hâte d'être le lendemain, afin de pouvoir enfin partir et il se demandait vraiment quelle allure aurait leur groupe....
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MessageSujet: Re: Saga de l'ermite vagabond   Mar 17 Jan 2006 - 23:17

Chapître 3 : Départ

La nuit avait été très courte pour Sphax. Il était impatient à l'idée de repartir sur les routes, et il eut bien du mal à trouver le sommeil. Du reste, il se leva dès les premières lueurs de l'aurore, et se prépara très rapidement – son bagage était déjà prêt depuis la veille. Quelques instants plus tard, il était en route, appréciant à sa juste valeur la fraîcheur matinale de la forêt. Le centaure remarqua à quel point son allure avait changé depuis ses « jeunes » années : de grise, sa robe avait viré au bai, et il ne marchait plus torse nu, d'un air décidé, son arc en bandoulière, son carquois dans le dos. A présent, il arborait un long manteau à capuche uniformément bleu nuit, une cape grise le suivant dans chacun de ses mouvements. Peut-être était-ce un signe de sa maturité, ou de son trouble intérieur...
Le néo-druide pressait le pas, son sac battant contre son flanc, car il désirait être là pour assister à l'arrivée d'un maximum de participants à la quête sur la place centrale du village, lieu de leur rendez-vous. Sans doute cela permettrait-il de pouvoir mieux se faire une idée de leurs caractères, se disait-il.
Malgré son empressement, il n'était pas le premier arrivé au lieu-dit. Sur la place se trouvait déjà un félys, adossé à un mur, une arbalète sanglé dans son dos. Sphax comprit qu'il s'agissait de Kinyon, puisque il devait être le seul chat à participer au voyage. Sur ces puissantes déductions logiques, le centaure s'approcha du félin pour le saluer.

« Bonjour, Kinyon.
- Salut Sphax ! Kell m'a dit que tu te joignais à nous, mais je ne t'ai pas vu. J'ai cru que tu avais un empêchement !
- Non, pas du tout...j'étais occupé à des affaires personnelles. »
Pendant la discussion, Sphax observait la superbe arbalète du félys, finement dorée, et sur laquelle étaient gravés les noms de ses ennemis. Il n'avait jamais apprécié cette arme, malgré qu'il en ait déjà eu de très efficaces entre les mains. Pour lui, rien ne valait la sensation de bander son arc. Et il trouvait l'arme trop lente selon ses méthodes de combat, et dure à recharger. Néanmoins, il comprenait leur utilité : portée supérieure, puissance accrue, position de tir aisée.
Sphax regarda alors son propre arc, qui l'accompagnait depuis bien longtemps. Il se dit qu'il avait fait une réelle bonne affaire lorsque le marchad lui avait vendu à moitié prix. Il paraît qu'il était en rupture de stock, et que celui-ci était le dernier ; en tout cas, le centaure avait toujours été content de son arme, belle, fine, ciselée de runes dont il ne comprenait pas la signification mais qui étaient certainement là pour la décoration. Il était d'autant plus désolé de ne plus parvenir à l'utiliser.

« Et sais-tu quand arriveront les autres, Kinyon ?
- Je n'en ai aucune idée, en général les saurus ne sont pas du matins, Saphira en tout cas. Mais ils ne devraient pas tarder. »
Sur ce, le félys s'éloigna pour aller discuter avec des passants qu'il avait reconnus. Sphax resta seul, les bras croisés.
Il n'eut guère le temps de s'ennuyer, car, faisant mentir les critiques de Kinyon, Krakus arriva et le salua. Elle était assez âgée, même selon les critères de sa race, et était une des meilleures prêtresses de la tribu. Avec elle et Saphira, il n'y avait pas de raisons de s'inquiéter.

« Krakus ! Déjà là ?
- Et oui...je suis tombée du lit, je l'avoue, mais ça m'aura au moins permis de ne pas louper le départ, dit-elle un sourire au coin des lèvres. » Sphax comprit alors que tout le monde dans le village était au courant des mésaventures de Saphira...
« Mieux vaut cela ! Ca faisait longtemps ! Que deviens-tu ? »
Sur ces entrefaîtes, ils partirent dans une grande discussion sur leurs activités respectives au cours de la dernière année. Absorbés par leur conversation, ils ne virent pas deux centaures arriver et saluer Kinyon. Ils s'approchèrent ensuite des deux amis, qui traitaient à ce moment donné de la profession de prêtre dans la société actuelle.

« Tu comprends, nous sommes condamnés à des horaires impossibles ! Nous devons être joignables à toute heure du jour et de la nuit ! »
Sur ces belles paroles, la centauresse aux cheveux tout aussi blancs que la robe les coupa :

« Excusez-moi ! Votre conversation semble passionnante, mais vous pourriez au moins avoir l'amabilité de nous saluer ! »
Sphax ne répondit rien. Il était impressionné par les yeux noirs de la dame. Il ne connaissait pas très bien Boadicea, rôdeuse qui avait une réputation de grande conteuse, mais elle l'impressionna d'emblée :
« Voilà quelqu'un né pour diriger ! » se dit-il. Le second de ses congénères, Wololo, voleur malin, les salua. Le nouveau druide avait confiance en ce centaure roublard.
Les deux amis pris en flagrant délit d'impolitesse s'excusèrent et saluèrent leurs compagnons. Il ne manquait plus désormais que Kell et Saphira, qui ne tardèrent pas arriver, la seconde baîllant de sommeil mais bien à l'heure. On vit que son lever avait été un grand effort sur elle-même.

La petite troupe partit sous les regards des habitants. Chacun savait que ces expéditions étaient des plus risquées, mais la présence combinée de Saphira et Krakus les rassurait, les deux saurus excellant dans l'art de soigner les blessés. De même, la présence de l'expérimenté Maître Kell était réconfortante, car il avait tout de même 700 années d'expérience derrière lui.
Les compagnons avaient implicitement décidé de ne pas se réunir avant la sortie de la ville, afin que les habitants ne se mêlent pas de ce qui était « leur » quête ; c'était une coutume dans la tribu. Ils s'arrêtèrent une petite mile plus tard, et tous se réunirent autour de Kell, le plus âgé.

« Et bien mes amis, nous avons deux possibilités pour notre quête. La plus simple selon moi consiste à passer la forêt d'Ar'shilin, contourner le lac Daliriel afin d'arriver sur les Terres de Kedrok et par là au château de Barla. Sinon, nous pouvons toujours passer par les Pics d'Ulgoth, le défilé des Massacres, pour en arriver au même point.
- Ca me convient aussi »,déclara Saphira, et tout le monde convînt de suivre cette route.

La forêt d'Ar'shilin passait pour un des lieux les plus mystérieux des contrées environnantes. Elle était composée de milliers d'arbres aux formes tortueuses qui s'entrelaçaient les uns les autres, rendant toute découpe impossible, ou du moins très ardue. Les quelques sorciers qui avaient voulu se tailler le chemin par les flammes avaient vite compris leur erreur, lorsque de gigantesques ents s'étaient soudainement mis à les attaquer de toutes parts. Bien peu en étaient d'ailleurs revenus vivants.
Néanmoins, leur respect de la déesse de la Nature faisait que les membres de la tribu d'Ehlonna n'avaient jamais eu le moindre problème avec les esprits du lieu, sans compter qu'ils connaissaient bien les quelques sentiers sillonnant la forêt. Par ailleurs, ils étaient en sécurité dans cette forêt, car les assassins connaissaient ce lien entre les ents et les habitants de Loth, et évitaient de les attaquer, par peur de disparaître tout aussi vite que leurs victimes.
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MessageSujet: Re: Saga de l'ermite vagabond   Mar 17 Jan 2006 - 23:17

(Petite pause due à quelques problèmes lors de la mise en ligne)


Dernière édition par le Mar 17 Jan 2006 - 23:21, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Saga de l'ermite vagabond   Mar 17 Jan 2006 - 23:18

Après deux jours de marche, la communauté arriva dans les sous-bois de la forêt, bien moins inhospitaliers que la forêt en elle-même. Ils comptaient d'ailleurs parmi les plus beaux endroits des terres environnantes, regorgeant de fleurs magnifiques et d'animaux rares, ironie assez amusante lorsque l'on connaissait ce qui se cachait derrière.
Kinyon et Wololo, de par leur vitesse et leur furtivité, jouaient alternativement le rôle d'éclaireurs. Cette fois-ci, c'est le félys qui s'y collait, et il partit vers l'avant tandis que le reste de la troupe s'accordait une pause. Le rôdeur partit en grommelant, marmonnant que c'étaient toujours les mêmes qui faisaient le boulot ici, nom d'un chien.
Tout le monde se détendit. Sphax alla converser avec Boadicea, tandis que Krakus s'asseyait, essouflée, et que Saphira et Kell discutaient de cocktails, ceux du second étant selon la première de moins en moins relevés.
Le félin revint quelques minutes plus tard, sa mauvaise humeur dissipée. Le groupe se remit alors en marche, Wololo prenant à son tour la tête, les devançant tout d'abord de quelques mètres, avant d'accélérer et de disparaître de leur champ de vision.
Pendant ce temps, Sphax observait la végétation, qui changeait imperceptiblement, devenant plus dense, plus touffue, plus sombre aussi. Il se souvint de son premier passage par ces terres, lorsque, petit et assoiffé de gloire, il avait accompagné Haénobarbus le nain pour se rendre sur les terres de Kedrok. A l'époque, il faisait partie de l'escorte du chef Foaly, et avait été émerveillé par tout ce qu'il avait vu. Puis il était devenu rôdeur, et à l'émerveillement avait succédé l'indifférence, puis le mépris et enfin une sorte de dégoût de la vie au fur et à mesure qu'il assistait aux nombreux crimes sur les terres argentées, chose qui avait changé dans sa « nouvelle existence ».
Il regardait à nouveau les paysages avec intérêt, son attention aiguisée par ses notions druidiques. Il s'entraînait mentalement à se réciter les noms des plantes, leur utilité, si elles étaient toxiques ou non, comment les préparer. Grâce à cette gymnastique mentale, le chemin jusqu'à la forêt proprement dite lui parut finalement assez court.
Wololo les quitta de nouveau dès qu'ils entrèrent réellement dans l'inquiétante masse végétale. Les compères le virent disparaître au loin, cependant que chacun, imperceptiblement, semblait être de plus en plus sur ses gardes. Même si ils n'avaient normalement rien à craindre, Sphax ressentait une impression de malaise. Il en fit part à Krakus.

« Oui, je comprends ce que tu dis. Moi aussi, un je-ne-sais-quoi me dérange. Mais, dans le doute, continuons. »
Ils marchèrent encore sur quelques centaines de mètres, avant qu'un hurlement ne les fasse sursauter. Boadicea cria :

« C'est la voix de Wololo ! »
Tous se mirent à courir du plus vite qu'ils le pouvaient. Ils aperçurent au loins une masse sombre en mouvement. En se rapprochant, ils virent le voleur aux prises avec un énorme ent, tandis que d'autres arbres tout aussi menaçants s'approchaient du lieu du combat. Le centaure semblait touché, mais continuait à se battre avec l'énergie du désespoir, sa dague lacérant l'écorce de son agresseur. Kinyon s'arrêta, sortit son arbalète, et tira un carreau qui trancha plusieurs des nombreuses branches de l'ent, tandis que Kell carbonisait deux autres des êtres sylvestres.

« Qu'est-ce qu'ils font ? », hurla-t-il. Boadicea, elle, au mépris du danger, se jeta sur l'arbre central, et de son poignard tenta de dégager son compagnon, dont elle se rendait compte qu'il perdait beaucoup de sang.
Sphax, lui, ne savait que faire. Il eut l'intention de se saisir d'un bâton, mais une voix dans son esprit lui dit que la réaction serait identique, qu'il se batte avec une massue ou son arc. Il vit alors la centauresse, en difficulté au milieu des monstrueux agresseurs, et qui avait réussi plus ou moins à libérer Wololo de l'emprise de l'ent. Il n'hésita pas, et se jeta sur l'arbre, écartant de toutes ses forces les branches retenant le voleur. Il y parvint au prix de multiples efforts, mais reçut un méchant coup de fouet d'un ent-saule se tenant non loin de là, ce qui lui arracha un cri de douleur. En serrant les dents, il dégagea son camarade, recula et, le soutenant, fit marche arrière, s'attendant à tout moment à se faire traîtreusement attaquer dans le dos.
Saphira, voyant les blessures, tenta de soigner les deux centaures. Malheureusement, les blessures de Wololo étaient trop importantes pour qu'elle ne parvienne à entièrement le guérir, et elle aida Sphax à le transporter jusqu'à la lisière de la forêt. Simultanément, Krakus, lança un rayon d'énergie qui paralysa l'ent qui s'attaquait à Boadicea. Celle-ci courut vers l'entrée de la forêt, suivie par sa sauveuse, par Kinyon qui bombardait autant que possible les arbres déchaînés, et par Kell qui leur faisait pleuvoir dessus une pluie de feu ininterrompue.
Les porteurs du blessé parvinrent finalement à joindre l'orée de cet enfer végétal, rapidement rejoints par les autres membres du groupe. Ils savaient bien que les ents faisaient partie intégrante de la forêt, et ne pouvaient donc en sortir.
Ils allongèrent Wololo, qui s'était évanoui. Saphira s'agenouilla près de lui pour tenter de le réanimer, et parvint à calmer son hémorragie. En même temps, Krakus soignait les lacérations qu'avait subi Boadicea. Si le diagnostic dans le cas de cette dernière était sans problème, il n'en allait pas de même du voleur. Il avait été ouvert sur toute la longueur du flanc, et les talents conjugués des deux prêtresses ne parvenaient pas à le réveiller : ses forces semblaient le quitterà chaque instant.
Sphax se souvint alors de la propriété de certaines plantes qu'il avait aperçues dans le bois, à savoir qu'elles étaient de puissants énergétiques. Il prévint ses camarades et courut en chercher ; il se souvenait en avoir vu non loin de là...
En chemin, il croisa un cerf, qu'il ignora de prime abord, pressé qu'il était de trouver les herbes médicinales. Mais il fut intrigué par le comportement de l'animal, qui le suivait en permanence. Il se retourna soudain, et regarda le cervidé droit dans les yeux. Les mots du Prophète lui revinrent :

« Ne fais plus qu'un avec la bête. Tu es elle, elle est toi. Vos esprits sont unis. Alors tu pourras comprendre son message. »
Le centaure décida de tenter l'expérience, mû par un préssentiment. Il parvint à percer les volutes de brume de l'esprit de l'animal. Soudain, le message apparut clairement :

« Ne passez pas par la forêt. Quelqu'un ne le veut pas. Vous lui semblez hostile »
Décontenancé par cette pseudo-déclaration, Sphax se remit en route, pensant qu'il avait déjà perdu assez de temps. Il trouva finalement les fleurs tant désirées dans une clairière où paissait paisiblement un sanglier. Mais à son arrivée, l'animal eut le même comportement que le cerf, et Sphax perçut exactement le même message que précédemment.
Il cueillit les fleurs et retourna près de Wololo. Les talents conjugués des deux prêtresses étaient parvenus à maintenir le voleur en vie, mais chaque seconde rendait sa survie plus hypothétique. Le druide se pencha près de plaie de son compagnon, broya délicatement les fleurs entre ses doigts, tandis qu'il demandait à Saphira d'anesthésier temporairement le patient. Ceci fait, il badigeonna consciencieusement la blessure de la poudre ainsi obtenue, puis ordonna de faire absorber au blessé le reste de sa poudre. Celui-ci le fit, eut un haut-le-corps, et retomba. Tout le monde se mit à craindre le pire, mais Wololo se mit alors à respirer plus aisément, comme si l'air lui venait à nouveau. Toute la troupe décida de bivouaquer sur la place, afin de laisser le voleur reprendre des forces, convenant de se relayer pendant la nuit pour garder leur ami. Lors de leur réunion du soir, Sphax fit part à ses compagnons des messages qu'il avait reçus.

« Je pense qu'il faut en tenir compte, car il m'a été répété à plusieurs reprises.
- Peut-on faire confiance à des animaux ?, demanda Kinyon
- Je pense que oui, dit Boadicea.Les animaux ne jouent pas à nous tromper »
Tous se tournèrent vers Kell, devenu naturellement chef de l'escouade, attendant qu'il donne son avis sur le sujet.

« Cette attaque n'aurait pas du avoir lieu, nous sommes dans un cas exceptionnel. Par conséquent, je propose que nous fassions le détour par les pics d'Ulgoth. La forêt sera trop dangereuse à traverser, et nous n'avons que ces deux issues possibles. »
Tout le monde resta silencieux. Les pics étaient craints sur toutes les Terres pour le froid qui y régnait, et pour les mauvaises rencontres qu'on y faisait. Ils étaient d'ailleurs situés non-loin d'un lieu que Sphax ne connaissait que trop bien, la forêt des Enfers...
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MessageSujet: Re: Saga de l'ermite vagabond   Jeu 19 Jan 2006 - 16:54

Chapître 4 : Détours

Le jour se levait. Mais le groupe n'avait pas vraiment réussi à trouver le sommeil, et tous étaient déjà debouts avant même l'aube. Ils restaient silencieux, encore sous le choc des évènements de la veille.
Wololo avait bien récupéré de ses blessures. Les remèdes de Sphax s'avèraient efficaces, et il semblait avoir quelque peu retrouvé ses forces. Mais lorsqu'il tenta de se déplacer, il poussa un cri, et le conciliabule qui devait avoir lieu pour faire le point sur l'état de la situation se fit donc tout autour de lui, afin d'éviter au voleur de trop grandes et surtout inutiles souffrances.
Tout le monde s'observait, et n'osait ouvrir la bouche. Ce fut Boadicea qui rompit le silence :

« La situation est grave. »
Personne n'osa répondre à cette assertion, tant elle semblait évidente. A l'heure qu'il est, ils auraient du se trouver aux bords du lac Daliriel, en sécurité au refuge forestier que d'anciens elfes ayant quitté le clan avaient créé. Au lieu de cela, ils étaient dans le sous-bois de la forêt, fatigués, blessés pour certains, et forcés par le destin de traverser une des régions les plus inhospitalières des toutes les Terres Grises afin de poursuivre leur route.

« Effectivement, tout pourrait aller mieux », admit Saphira.
Chacun se demandait silencieusement comment leur quête pouvait encore être courronnée de succès. Chacun s'attendait à ce qu'un membre de la troupe propose de rentrer. Mais ils savaient aussi que rentrer à Loth sans avoir mené à bien sa quête était synonyme de déshonneur, et que quiconque ne tenait pas ses engagements était définitivement banni du clan.

« Plains-toi, dit Wololo. Toi au moins, tu peux encore marcher.
- C'est vrai, mais en même temps quelle idée d'aller se jeter sur un ennemi solide comme un chêne, c'est le cas de le dire.
- Quel humour ravageur. Ce n'est pas moi qui leur ait sauté dessus. D'ailleurs, je suis plutôt étonné d'être encore en vie. On m'avait parlé des ents d'Ar'shilin comme des êtres parmi les plus puissants sur les Terres ! »
Sphax fut troublé par ces paroles du voleur. Elles lui avaient rappelé une conversation qu'il avait eue avec avec un vieillard à Bourgidus. Le centaure encore inexpérimenté parlait avec excitation de sa traversée de la forêt. L'ancien lui avait alors demandé :

« Sais-tu pourquoi les grands aventuriers parlent de la forêt de Barla et non de celle d'Ar'shilin comme lieu de quête ? »
Ce à quoi Sphax n'avait rien répondu.

« Tout simplement parce que toute quête est impossible dans la forêt d'Ar'shilin. Ce lieu est un sanctuaire millénaire, et les esprits qui la peuplent sont à la fois pacifiques et bien plus puissants que les misérables arbrisseaux carnivores vivant sur Barla. Personne d'assez sensé n'oserait se mettre en danger dans ce lieu. »
Le vieil homme lui avait alors conté le récit de plusieurs puissants guerriers, qui, tout auréolés de leur gloire, avaient provoqué les esprits en se vantant de pouvoir découvrir tous les secrets de la forêt. Un seul en était revenu, mais fou, et il parlait des ents d'Ar'shilin comme des démons vomis par l'enfer. C'était pourtant un bretteur accompli, qui comptait à son actif de nombreux exploits. Le centaure n'avait pas voulu croire à cette histoire, mais son interlocuteur l'avait emmené dans l'hôpital de la ville, où le jeune rôdeur avait pu rencontrer celui qui avait autrefois été si révéré. Il n'était plus aujourd'hui qu'une loque humaine, et lorsque Sphax s'approcha de lui et lui parla de la forêt, l'homme se mit à hurler, et à répéter inlassablement que ce lieu était l'Enfer personnifié.
Et, aujourd'hui, les ents d'Ar'shilin auraient épargné un misérable groupe d'aventuriers comme le leur ? Etrange. Kell et Krakus, par leur grand âge, connaissaient également cette histoire, et la seconde déclara alors :
« Je me demande si les esprits voulaient réellement nous tuer. Avez-vous remarqué avec quelle facilité nous les avons semé ? S'ils désiraient notre mort, je pense qu'aucun de nous ne serait sorti vivant de ce piège.
- Enfin je n'ai pas été loin de passer l'arme à gauche, [i]dit Wololo.

- Je pense que Krakus a tout de même raison, répondit Kell. S'ils avaient voulu te tuer, ils l'auraient fait, et sans que tu souffres. Cela semblait plus être une menace.
- Mais en quoi notre passage les dérangeait-il ? » explosa Boadicea.
Personne ne pipa mot. Si chacun était d'accord pour dire que l'embuscade n'était qu'une manière comme une autre de les jeter hors de la forêt, comment expliquer l'acte en lui-même ? L'un d'entre eux aurait-il offensé les dieux ?
Sphax réfléchissait. Peut-être la déesse de la Nature voulait-elle le punir pour son séjour prolongé chez les Enfers, mais en ce cas, pourquoi le Prophête avait-il accepté de le recevoir, lui qui était en communion permanente avec Ehlonna ? C'était incompréhensible. Mais les faits étaient là, et tout le monde sentait que leur aventure qui se devait être normalement qu'un jeu d'enfant jusqu'à Barla venait de grandement se compliquer.

Le premier problème était pour ainsi dire Wololo. Si son état de santé n'inspirait plus aucune crainte, la plaie ne s'étant pas infectée, il ne pouvait se déplacer que difficilement, et serait donc un handicap pour le reste de la troupe. Il fallait trouver un moyen de déplacement. Après que les hypothèses du « portage-sur-le-dos », du tractage, de la construction d'un chariot et de l'apprentissage de la téléportation eurent été abandonnées, tout le monde convint de se relayer deux à deux pour soutenir la marche du voleur, et d'attendre dans la forêt le temps qu'il tienne bien sur ses jambes. Mais il était hors de question pour celui-ci de faire perdre du temps à ses compagnons, et au prix d'un grand effort accompagné d'une longue plainte, il parvint finalement à se lever, les pattes flageolantes. Il s'appuya à un arbre, puis marcha sur quelques pas. Il souffrait atrocement, mais n'en dit rien, et lança à la cantonnade :

« Je suis prêt à partir ! ».
Seulement, il restait également le problème de la nourriture. Les quelques sacs que portaient Saphira et Krakus contenaient juste de quoi tenir jusqu'au refuge de la forêt, mais le détour forcé faisait que non seulement ils ne pourraient pas ravitailler, mais ils gagnaient cinq jours de marche supplémentaires au minimum !
Enfin, dernier impondérable, et non le moindre : ils étaient forcés de passer par un des lieux les plus froids des Terres grises : les pics d'Ulgoth, où depuis longtemps la température n'avait pas permis le dégel des nombreux torrents de glace qui parcouraient l'endroit. Or ils étaient tous vêtus de leurs habits autumnaux, qui ne permettraient pas de survivre sous de pareilles conditions.

« Hem...nous voilà refroidis dans notre enthousiasme ! », lança Kinyon, mais son jeu de mots reçut pour toute réponse une vague de regards furieux.
Il convenait donc de se réunir pour discuter des manières de remédier aux deux derniers petits soucis, puisque Wololo affirmait haut et fort qu'il ne s'était jamais senti mieux de sa vie.
Il fut immédiatement décidé que tous ceux en état de courir devaient partir à la chasse à l'ours, afin que les peaux puissent permettre le passage des pics. De même, la viande pourrait servir à la survie du groupe pour quelques jours. Kell fut dispensé de cette activité, et tint compagnie à Wololo : les boules de feu avaient ce défaut que chair et poils devenaient inutilisables.
Sphax, lui, décida de se faire une réserve de diverses plantes médicinales, pour qu'une nouvelle blessure dans le groupe ne puisse le prendre en défaut. Il s'activa ainsi toute la journée, et lorsque vint le crépuscule, son sac était bourré de végétaux aux senteurs très variables. Il revint au camp pour y trouver Wololo qui s'entraînait à trottiner, une grimace sur le visage. La compagnie avait trouvé assez d'ursidés pour que chacun puisse se réchauffer et manger à sa faim pendant quelques jours, aussi le repas du soir fut il copieux : côtelettes d'ours, gigot d'ours, coeur d'ours et langue d'ours. Etrangement, personne n'eut de problèmes pour trouver le sommeil cette nuit là.
Le pliage des bagages eut lieu dès le lever du soleil. Soudain, Kell se frappa le front, et s'écria :
« Les accompagnants ! ». Tout le monde leva un regard incrédule vers lui, et il poursuvit :
« Plusieurs membres plus expérimentés du clan devaient nous aider à traverser sans encombre les Terres de Kedrok. Ils nous attendaient à la sortie de la forêt. Comment les prévenir ?
- C'est totalement impossible, déclara Boadicea. La seule solution est de se presser au maximum pour ne pas qu'ils s'impatientent.
- Qui étaient ces personnes ? demanda Saphira
- Il y'avait Celtos, le centaure. Et aussi Ornax je crois, répondit Kell. S'ils ne nous trouvent pas, ils risquent de traverser la forêt, et peut-être seront-ils attaqués eux aussi. Dépêchons-nous ! Nous n'avons plus une minute à perdre si nous ne voulons pas mettre des vies autres que les nôtres en danger. »
Le camp fut levé en quelques instants, et tout le monde se remit en marche, Wololo soutenu par Boadicea et Krakus. Ils ne virent pas la fine silhouette qui les observait depuis la cime d'un arbre situé non loin d'ici...
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MessageSujet: Re: Saga de l'ermite vagabond   Jeu 19 Jan 2006 - 22:11

Chapître 5 : Froid

« On est bientôt arrivés ? »
Boadicea n'en pouvait plus. Non pas qu'elle s'énerve facilement, mais c'était la dixième fois que Kinyon reposait cette question. Et, chaque fois, la même réponse : « Personne ne sait ! ». Et pourtant, le félys s'obstinait. La seule raison qui empêchait la centauresse de l'assommer sur place était qu'elle le comprenait. Déjà trois jours qu'ils marchaient à travers les plaines. Les vivres commençaient à manquer, tout le monde était épuisé, et les pics d'Ulgoth ne constituaient encore qu'un vague point blanc à l'horizon. Néanmoins, Boadicea aurait préféré que le félin intériorise sa lassitude.
Sphax, lui, pouvait encore moins se reposer, car c'était à son tour d'aider Wololo. Bien qu'il parvienne tout à fait à marcher désormais, il se fatiguait très rapidement, et il lui fallait une aide pour ne pas se faire distancer, que les membres du groupe exerçaient à tour de rôle. La mauvaise expérience du voleur avec les arbres l'avait poussé à changer sa tactique de combat : au lieu de dague, il apprenait à chaque pause à se servir de ses bolas, armes certes moins héroïques mais bien plus sécurisantes. Sa dextérité dans ce domaine avait d'ailleurs étonné tout le monde ; alors que certains de ses camarades de guilde mettaient des semaines avant de saisir le fonctionnement de ces étranges instruments, Wololo en avait immédiatement assimilé toutes les subtilités, et, malgré sa lenteur, il était devenu un atout de poids pour la chasse.
Krakus et Kell discutaient. Il étaient, et de loin, les deux êtres les plus âgés du groupe, et ils s'isolaient par moment, discutant de choses que les grands-parents mêmes de Sphax étaient trop jeunes pour avoir connues. Kinyon bougonnait dans son coin, tandis que Boadicea se détacha du groupe pour jouer le rôle anciennement tenu par le voleur blessé, à savoir éclaireur. Saphira, elle, marchait silencieusement.
Après quelques dizaines de secondes de galop, Boadicea fut hors du champ de vue de tous. Elle revint une dizaine de minutes plus tard, en criant :

« Ohé ! Ca commence à monter bientôt ! Les pics approchent ! »
Cette nouvelle remit du baume au coeur de tous, et les marcheurs redoublèrent d'ardeur. Ils ne s'arrêtèrent qu'à la nuit tombée, et de petite tache à l'horizon, les pics étaient devenus hautes formes découpées, aux pointes aussi aiguisées qu'un poignard. Chacun sentait que les lieux devenaient de plus en plus inquiétants en s'approchant des pics. Aussi, il fut décidé à la majorité relative (Saphira dormait) d'organiser un tour de garde. On tira à la courte paille, Sphax perdit, grogna pour la forme, mais se mit docilement en place pour garder le feu de camp. Cela ne le dérangeait pas de ne pas pouvoir dormir de suite, il avait besoin de réfléchir sur tout ce qui s'était passé, afin d'essayer de comprendre cet embrouillamini.
Il se sentait coupable de tout ce qui s'était passé, sans bien savoir pourquoi. Peut-être était-ce du à sa visite diplomatique par trop amicale chez les ennemis jurés de la déesse de la Nature. Ou bien encore son changement de guilde, ou son retour prématuré au bercail avant d'avoir pu devenir réellement un rôdeur expérimenté. Il sentait qu'il était arrivé un événement qui avait bouleversé son destin, une goutte d'eau qui avait provoqué le débordement du vase.
Un bruit le fit sursauter. Il se retourna et ne vit qu'un inoffensif lapin, qui lui rappella qu'il mourait de faim. Il se saisit de son arc posé à côté de lui, le banda, tira. Touché. Bien qu'il ne l'utilisât presque plus, il aimait de temps à autre tirer une cible quelconque. Ainsi, il avait l'impression que ses années d'enseignement dans la caste des rôdeurs lui avaient tout de même apporté quelque chose. Le centaure alla tranquillement chercher sa proie, décidé à faire des réserves pour que le groupe puisse manger à sa faim le lendemain matin. Il tua encore deux congénères de la première victime, avant que Kell, en bâillant, ne le relève de la garde. Il alla sur sa couche, et s'endormit presque aussitôt d'un sommeil bienheureux, malgré les ronflements de Krakus.
C'était Kinyon qui avait pris le dernier tour de garde. Il réveilla avec délicatesse tous les dormeurs, sachant pertinemment que certains, n'étant pas du matin, risquaient d'avoir des réactions quelque peu désagréables. Après le partage des quelques proies de la nuit (car Boadicea avait poursuivi la chasse), ils reprirent leurs maigres bagages et repartirent sur les sentiers.
La route devenait de plus en plus pentue au fur et à mesure de la marche, et les premiers effets du froid se firent ressentir. Saphira fut la première à s'abriter sous l'épaisse couche de peaux d'ours qu'ils avaient collecté, et fut rapidement suivie par tout le monde, excepté Kinyon, protégé par son pelage.
Ils arrivèrent finalement aux pics proprement dits. Les aiguilles les plus proches formaient une sorte de porte menaçante, semblant monter jusqu'au ciel. Des vautours tournoyaient en altitude, semblant considérer les aventuriers comme un probable prochain repas, ce qui fit frissonner Krakus, qui avait toujours eu les choses volantes en horreur.

« Ces satanées bestioles me fichent la chair de poule, dit elle. J'ai un mauvais pressentiment.
- C'est pas les vautours, c'est la température qui te fait frissonner », rétorqua Kell, accompagnant ses propos d'un grelottement intense.
Même Kinyon était désormais emmitouflé jusqu'au cou dans ses peaux, et ils n'étaient pourtant qu'au pied des pics.
Sphax proposa :

« Je crois qu'il existe un sentier qui emprunte les sommets des monts. Mais je pense que nous ne tiendrons pas jusque là avec si peu d'habits.
- Exact, renchérit Wololo. Ou bien nous trouvons des couches supplémentaires d'habits, ce qui risque d'être compliqué, ou bien on passe par le défilé.
- Pourquoi est-ce si difficile de confectionner des vêtements ? demanda Saphira
- Il n'y a que des lapins par ici, comme tu as pu le voir. Et il faudrait en tuer pas mal pour te faire un manteau. »
Ils s'engagèrent donc dans le tristement célèbre défilé des Massacres, lieu réputé sur toutes les Terres pour la régularité avec laquelle les voyageurs étaient attaqués. Il faut dire que l'étroitesse des lieux interdisait toute manoeuvre tactique de la part des attaqués, qui en général étaient de toute façon bien trop frigorifiés pour pouvoir se défendre contre les peuples montagnards habitués au climat.
Ils avancèrent ainsi longtemps, Boadicea marchant devant, prête à tirer, et Kell fermant la marche. Personne ne prononçait un mot, de peur d'alerter des assassins éventuels. Le voyage se poursuivit ainsi durant une bonne heure, dans une ambiance crispante. En plus, une désagréable impression d'être suivi persistait dans l'esprit de Sphax..
Le silence fut rompu par la chute d'un énorme rocher, une centaine de mètres devant la marcheuse de tête. Celle-ci leva la tête, mais ne put discerner que des formes floues, et l'écho de rires. Le groupe se retourna, mais une seconde pierre tomba, bloquant toute retraite. Tout le monde se saisit rapidement de ses armes, car l'attaque ne surprenait en réalité personne...
Les hauteurs des rochers furent en quelques secondes recouvertes de silhouettes toutes vêtues de blanc. Elles étaient de haute taille pour la plupart, et Sphax reconnût un groupe de félys des montagnes, une race de félins sauvages, beaucoup moins raffinés que leurs cousins de plaines. Ceux-ci étaient plus forts que leurs homologues de basse altitude, néanmoins avait régressé pendant que leur corps se développait, les transformant en brutes, vivant en meutes, ne parlant presque plus. Seul le patriarche du village connaissait en général la langue humaine, afin de pouvoir négocier une rançon avec les personnes capturées par ses subalternes.
Les agresseurs attendaient. Les aventuriers, eux, les observaient. L'un des félins semblait plus grand et plus impressionnant que les autres, et son accoutrement ainsi que le bâton qu'il tenait en main permettaient de reconnaître en lui le chef de la tribu. Soudain, une ombre noire, entièrement voilée, s'approcha de lui. Sphax ne put même pas reconnaître de quelle race était ce personnage, ni même s'il était un humanoïde. L'ombre échangea un regard avec le chef, ce dernier eut un imperceptible mouvement de tête, qu'il répéta à l'adresse de ses congénères. Et ceux-ci chargèrent.
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MessageSujet: Re: Saga de l'ermite vagabond   Jeu 19 Jan 2006 - 22:12

Encore un petit bug de mise en ligne ...

Les modos peuvent supprimer ce message ainsi que le même qui se trouve plus haut s'ils le désirent.


Dernière édition par le Jeu 19 Jan 2006 - 22:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Saga de l'ermite vagabond   Jeu 19 Jan 2006 - 22:14

La cohue fur indescriptible. Les félys attaquaient sauvagement, concentrant leurs attaques sur ceux qui semblaient être les plus faibles, aussi Sphax et Wololo se retrouvèrent-ils rapidement assaillis de partout, le premier se défendant avec le bâton qui l'aidait à marcher, le second avec sa dague. Kell et Boadicea arrivèrent à leur secours, et tuèrent chacun un agresseur, ce qui eut pour conséquence de rendre encore plus enragés les chats des montagnes, qui redoublèrent d'ardeur dans leurs coups. Kinyon, lui, se posta dans un coin, et commença à tirer plusieurs carreaux d'arbalète, mais dès le début du contact, il saisit son épée courte et courut aider ses amis. Saphira et Krakus, quand à elles, étaient chacune aux prises avec un ennemi, et les deux duels duraient, les rapports de force étant assez proches de l'égalité.
Soudain, Boadicea cria :
« Wololo, attention ! ». Celui-ci se baissa juste à temps pour éviter un coup de poignard, et répliqua en enfonçant sa dague dans le ventre de son agresseur. Néanmoins, la charge l'avait destabilisé, et, remarquant sa faiblesse, un des félys se jeta sur lui, son poignard dans la main. Sphax sauta pour s'interposer, ce qui coupa le souffle du félys. Mais un des chats avait profité de cette intervention pour tenter de lui lancer un couteau en plein dos.
Le temps sembla s'arrêter, le centaure se retournant juste au moment où le projectile était lancé. Il entendit alors :
« Sphax ! Noooon! » et vit Krakus s'interposer entre lui et l'arme. La vieille saurus fut touchée en pleine poitrine, et s'effondra sur le sol rocheux. Le centaure hurla « Krakus », mais dut aussitôt se remettre en garde, deux autres ennemis ayant surgi.
Le combat prenait une très mauvaise tournure, le nombre des agresseurs commençant à avoir raison des prouesses martiales des attaquants. Du haut de leur promontoire, le chef et l'ombre observaient silencieusement l'attaque.
Une voix caverneuse résonna alors : « Félys des montagnes, reculez ! ». Ne reconnaissant pas la voix de leur patriarche, les félins ne tinrent pas compte de l'avertissement. Alors, tournant la tête, Sphax vit une large silhouette sombre s'approcher et tendre son bâton vers un des agresseurs. Celui-ci courut vers l'être qui osait le menacer. Alors le bras du sorcier s'abaissa, un rayon d'énergie sortit du bâton, et le chat s'effondra immédiatement sur le sol. Simultanément, un homme se jeta dans la mêlée, embrochant sur sa lame deux ennemis, tandis que la lame du centaure qui l'accompagnait faisait quant à elle une autre victime.
Ces renforts inattendus redonnèrent du baume au coeur des aventuriers, qui se mirent à se battre avec une énergie renouvelée. Les félys reculaient, et leur chef décida de venir leur prêter main forte. Il se jeta dans la mêlée, mais le vent du combat avait définitivement tourné, et de ses bolas adroitement lancés Wololo le fit chuter, lui enserrant les jambes.
L'humain et le centaure faisaient des ravages dans le camp félin, chacun de leurs coups faisant couler le sang des agresseurs. Il ne resta bientôt plus qu'un survivant, le chef de la tribu, qui fut solidement attaché par Saphira et Kell. Ce dernier leva la tête vers les hauteurs rocheuses, mais l'ombre avait disparu.
Sphax, lui, s'était précipité vers Krakus. Sa vieille amie agonisait, crachant du sang. Sa blessure était trop importante. Le centaure commença à lui parler, les larmes aux yeux :

« Krakus, ça va aller, ça va aller. Je vais te sortir de là. ».
La saurus tourna son regard vers lui, et lui dit d'une voix faible :

« Ne sois pas idiot, je suis condamnée. Je suis heu...reuse que tu t'en sois sorti, Sph..ax. Poursuis ta ...route. Je crois en ...toi ». Sa tête bascula alors sur le côté, tout était fini. Un hurlement de rage sortit de la gorge de Sphax, et il éclata en sanglots, pleurant sur le corps de celle qu'il connaissait si bien. Le reste du groupe demeura silencieux, attendant que la colère du jeune centaure se calme. Les deux guerriers qui les avaient sauvés s'approchèrent alors de lui, et il put ainsi reconnaître Celtos et Ornax, les accompagnateurs. Mais il avait beau creuser sa mémoire, il ne parvenait pas à identifier le troisième personnage, un saurus trapu tout de noir vêtu. Celtos lui dit alors :
« Nous sommes désolés. Nous sommes arrivés trop tard pour pouvoir sauver ton amie. »
Sphax ne l'écouta d'abord pas, puis se releva lentement, et sècha ses larmes d'un revers de main. Il ne dit rien, et l'homme poursuivit :

« Nous voulons tout de même te présenter Godscourge. Je ne pense pas que tu le connaisses. »
Le lézard le regarda, et le salua d'un imperceptible hochement de tête.

Krakus fut enterrée sur place, et Sphax resta longtemps, silencieux, à regarder la tombe improvisée. La saurus avait en quelque sorte été sa nourrice après être revenue de son voyage initiatique sur les Terres de Barla. Comme le jeune centaure avait perdu ses parents, elle avait assumé ce rôle pour lui, avant avec l'âge de devenir une amie, toujours de bon conseil. Voilà tout un pan de son enfance qui s'envolait pour le centaure. Elle était un de ses liens les plus forts avec le peuple de Loth, et c'était comme être séparé de sa tribu que de la perdre.
Après un bon moment, le centaure recula lentement, et retourna au campement qui avait été improvisé par les autres membres du groupe. L'interrogatoire du chef des félys avait commencé, et s'avèrait peu fructueux pour le moment.

« Qui était cet être ? demanda Ornax
- Moi pas le connaître, répondit le félys.
- Et pourquoi avoir attaqué mes amis sans raison aucune ?
- Eux être sur terres tribu. Eux pas mériter de vivre. »
Wololo se tourna vers Celtos en chuchotant :

« On n'en tirera rien. »
Le nouveau saurus était resté silencieux jusqu'à maintenant, ne prononçant pas un mot. Il se leva, et s'approcha du félin qui était solidement garrotté. Il lui lança un regard noir et commença à parler.

« Ecoute moi bien, traître à ta race ! Je suis Godscourge, sorcier, nouveau membre de la tribu que tu as attaquée. J'appartenais autrefois à la caste des Emendatio, qui empruntaient régulièrement ce défilé pour le commerce. Et jamais nous n'avons été attaqués ! Au contraire, les affaires allaient bon train entre mes amis et les tiens ! Pourquoi as-tu attaqué ? Réponds ! » Les yeux du saurus lançaient des éclairs, le félys était terrorisé. Il répondit faiblement :
« Pas...moi...décider.
- Plus fort ! Je n'ai rien entendu. Si ce n'est pas toi qui as décidé, qui était-ce ? L'être en noir ? »
A cette affirmation, le chef devint livide, et hocha imperceptiblement la tête en voyant la noirceur du regard du sorcier qui l'interrogeait.

« Lui...avoir...obligé...nous...
- Et qui était-il ? »
Le félys ne voulait pas dire le nom. Ornax saisit son épée et en plaça la pointe sur la gorge du chat. Celui-ci prononça alors nettement :

« En...fer »
A ces mots, Sphax se raidit. Ses pensées se bousculaient dans sa tête. Qui pouvait bien vouloir leur mort avec tant de haine ? Et qui les avait trahis ? Le centaure n'osait penser aux deux noms qui trottaient dans sa tête...Aioros...Blue...c'était impossible. Ils n'auraient pas osé...du moins il l'espérait. Si ce n'était pas eux, alors qui ? Il se prit la tête entre les mains, et s'écroula sur le sol.

La tension retombée, et le félys exécuté sur ordre d'Ornax, les sauveurs expliquèrent comment ils avaient pu arriver si vite sur les lieux.

« Nous avons été prévenus par une jeune elfe », expliqua Celtos.
Devant les regards qui montraient l'incompréhension, il poursuivit :

« Une jeune membre de l'Alliance Elfique qui vivait dans la forêt d'Ar'shilin a assisté à toutes vos conversations. Elle ne pouvait pas s'opposer à la volonté de la forêt et vous faire traverser, mais en entendant Kell, et s'empressa d'aller trouver son chef. Vous n'êtes pas sans savoir que l'arbre de vie que garde cette tribu se touche dans une forêt contigüe à celle d'Ar'shilin. Et l'Alliance est un clan ami du notre. La jeune messagère vint donc avec l'autorisation de son supérieur nous trouver à la sortie de la forêt, nous prévenant que les esprits nous laisseraient traverser sans encombre. Nous nous sommes alors dépêchés pour vous rattraper.
- Pourquoi les esprits ne voulaient-ils pas que NOUS nous passions ? demanda Sphax
- L'elfe a été très évasive. Vous portez quelque chose qui n'a pas sa place dans une forêt sacrée. Nous ne savons pas ce que c'est, mais notre messagère nous a aussi indiqué que les esprité ne voulaient pas votre mort. Ils voulaient seulement vous décourager de passer par ce chemin.
- Pour nous avoir empêchés, ils nous ont plutôt bien empêchés, surtout moi, » fit remarquer Wololo.
Sphax se mit à réfléchir. Il le sentait, c'est lui qui portait ce « quelque chose » que redoutaient tant les ennemis. Mais qu'était-ce ? Un objet ? Un savoir ? Une amitié ? Alors, pensant toujours à son amis disparue, le centaure se coucha lentement sur le flanc et s'endormit...
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MessageSujet: Re: Saga de l'ermite vagabond   Lun 23 Jan 2006 - 22:06

Chapitre 6 : Capture

Ce ne fut pas la meilleure nuit de la vie de Sphax. Les évènements de la journée l'avaient quelque peu chamboulé, et il fut de nouveau en proie à ses visions lors de son sommeil. C'est pourquoi, ne parvenant plus à fermer l'oeil, et toujours sous le choc de la mort de son amie, il se leva, et marcha sans but aucun, pour se changer les idées.
Qui pouvait être ce mystérieux personnage ? Un Enfer ? Ce serait surprenant, et il ne comprenait pas comment il aurait pu provoquer l'ire de l'un d'entre eux : il s'était montré le plus discret du monde lors de son bref séjour chez les ennemis de son peuple, et il avait jugé fort sympathiques les quelques personnes avec qui il s'était entretenu.
Tout ce qu'il savait, c'est que Krakus était morte par sa faute. Et, qui qu'il soit, il paierait pour cette trahison.
La fraîcheur de l'endroit rappela à Sphax qu'il avait oublié de se vêtir pour sa marche nocturne, et il fit promptement marche arrière jusqu'à revenir au camp. Il trouva Wololo, éveillé.

« Tiens, Sphax ! Ca va mieux ?
- Mettons que oui. Tu ne dors pas ?
- J'ai du mal à trouver le sommeil, ma blessure me lance encore horriblement.
- Attends, j'ai ce qu'il te faut. »
Le néo-druide farfouilla dans sa besace, en prenant son temps. Il avait remarqué que tous les soigneurs cherchaient systématiquement longtemps dans leur sac avant de mettre la main sur le produit miracle ; ce devait être une manière comme une autre de se donner un genre. Sphax trouva donc l'herbe, fit mine quelques secondes de ne pas l'avoir trouvée, se retourna triomphalement vers Wololo, et lui dit :

« Tiens, frotte toi ça sur la plaie. Ca va brûler au début, mais tu te sentiras mieux après.
- Merci ! » Le voleur appliqua de suite la recette, fit quelques grimaces, puis son visage se décontracta enfin.
« Très efficace !
- Merci.
- Tu as de la chance d'avoir trouvé ta voie...
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Et bien, tu sais, le principal atout dans notre métier, c'est la vitesse. Or avec cette satanée éraflure, je ne suis pas près de retrouver ma vivacité d'antan. Et, comme chacun sait, un voleur lent est un voleur mort.
- Et tu veux devenir druide ?
- Pas du tout ! J'aimerais seulement apprendre à tirer à l'arc en attendant de guérir. Tu pourrais me prêter le tien ?
- Pas de problème, je te le cherche. »
L'arme se trouvait au fond du sac de Sphax. Après qu'il eut vidé toutes ses affaires, pesté contre son manque d'organisation et tout remis encore plus en vrac qu'auparavant dans la besace, il tendit l'arme à Wololo.

« Par contre, je n'ai pas de flèches. Demande à Boadicea s'il lui en reste. Mais fais attention si tu la réveilles, tu risque de la trouver de mauvais poil. »
Malgré le risque encouru, le voleur décida de réveiller la belle centauresse, et lui demanda si elle pouvait lui prêter des flèches, flèches qu'il reçut d'ailleurs en pleine tête accompagnées d'un
« T'as pas idée d'emm**** les gens pour des c****** pareilles à cette heure-ci ? ». Sur ces aimables paroles, Boadicea se tourna et se rendormit.
Tout heureux de sa victoire, Wololo se leva d'un bond, accompagné par Sphax, qui voulait voir comment s'en tirait le nouvel archer. Et, à sa grande surprise, il ne s'en tirait pas mal du tout, malgré l'obscurité, touchant presque systématiquement les cibles que le druide disposait à l'intention de l'entrainement de son camarade. Les tirs durèrent jusqu'au petit matin, heure à laquelle toutes les flèches de Boadicea étaient soient brisées, soient perdues dans les hauteurs célestes, lors de « petites erreurs de visée » dixit le voleur.
Tout le monde se leva tant bien que mal, une certaine centauresse avec un regard meurtrier, les autres plutôt avec les yeux dans le vague. Dès que Wololo eut reçu la gifle de sa vie, tout le monde déjeuna succintement, car les réserves n'étaient pas très importantes, et le groupe reprit la route.

En chemin, le voleur s'évertua à se faire pardonner de la centauresse, chose qui lui prit une bonne heure de marche tout de même. Mais il y parvint finalement, si bien qu'il réussit même à emprunter l'arc de la rôdeuse, qui le lui prêta avec un sourire pour le moins crispé. Dès que Wololo, au comble de la joie, courut vers l'avant pour s'entraîner, Sphax s'approcha de Boadicea, et lui promit de lui prêter son arme si elle en avait besoin à un moment ou à un autre.
Kinyon marchait silencieusement : il avait toujours du mal à se remettre d'avoir du se battre contre ses cousins. Voyant cela, Kell partit lui tenir compagnie. Les deux compères s'isolèrent du groupe durant quelques temps. Pendant ce temps, Ornax et Celtos étaient lancés dans une discussion acharnée sur les méthodes de combat des guerriers, conversation que Saphira tentait vainement de comprendre, n'entendant que des mots tels que « paré gauche », « feinte basse » ou « salto vrillé latéral ». Godscourge pour sa part marchait silencieusement, le regard perdu vers le lointain. Du fait de l'importance de la troupe, personne n'avait jugé nécessaire d'envoyer des éclaireurs, seul Wololo prenait systématiquement de l'avance, afin d'avoir le temps de tirer quelques flèches sur des cibles naturelles sans que cela ne soit un danger pour le groupe, et surtout d'aller le rechercher : il avait dit à Boadicea qu'il lui rembourserait au triple toute munition perdue...

Un bruit lointain se fit entendre. Godscourge y reconnut un cri d'ours, et chacun prépara son arc, décidé à massacrer un maximum des bêtes, pour se nourrir, mais également parce qu'Ornax avait déclaré que le cours de la peau atteignait des records rarement égalés auparavant...
Tout le monde se sépara, et une quinzaine de minutes plus tard, Kinyon, Celtos et Wololo revinrent en traînant tous trois un énorme mammifère, bientôt suivis par Kell et Saphira en tirant un second.
Godscourge d'une petite étincelle allum un petit feu de bois, puis les compagnons s'assirent en cercle autour du feu afin de déguster le repas que les chasseurs avaient déniché.
Ornax tira son épée, et avec d'amples mouvements du bras commença à dépecer la bête. Puis chacun prit sa part, et Boadicea fit cadeau de quelques vieilles flèches qui servirent de brochettes. Se penchant vers Sphax, elle lui avoua :

« Tu sais que ces flèches comptent parmi les meilleures flèches de Barla ? Mais Wololo me les a tellement massacrées...enfin au moins il a l'air heureux de se servir de mon arc. »

Alors que le repas battait son plein, Kinyon dressa l'oreille.

« J'ai l'impression que du monde arrive...
- Mais non, y'a personne, répondit Kell. Mange ta cuisse, elle va refroidir.
- Je vous dit que j'ai entendu des bruits !
- Sans doute des cerfs ! Allez, mange et tais-toi. »
D'un air renfrogné, le félys s'attaqua de nouveau au bout de viande pendu au bout de la flèche. Un silence pesant s'abattit sur le cercle de mangeurs. Boadicea dit alors :

« C'est vrai qu'il y'a des bruits bizarres ici !
- Mais vous êtes tous paranoïaques, ma parole ! Il n'y a aucun bruit je vous dit ! Pas la peine de vous inquiéter ! » Kell en devint tout bleu, ce qui était sa façon à lui de s'énerver.
Wololo prit l'arc de la centauresse, dit qu'il allait partir s'entraîner, et se leva. C'est à ce moment qu'une elfe toute vêtue de noir atterrit devant lui et le menaça de son arc. Sphax voulut se lever, mais une lame se posa sur son cou, tandis qu'un humain habillé dans les mêmes couleurs que l'elfe menaçait de même Godscourge. Une dizaine d'autres créatures félines ou humaines tombèrent de même des chênes environnant et pointèrent leurs différentes armes vers la petite compagnie, dont tous les membres levèrent les mains en signe d'abandon. Une forme de grande taille apparut entre les arbres, et Sphax vit alors un immense saurus, à la peau aussi noire que la nuit.

« Savez-vous où vous êtes ? demanda-t-il.
- Nous sommes sur le chemin de Kedrok, répondit Sphax, la lame sur sa gorge le piquant toujours
- Certes, voilà une réponse en partie exacte. Mais vous vous trouvez également sur le territoire des Gouzigoulums, ce qui constitue en soi un affront pour notre clan. Vous allez donc nous suivre sans résistance, afin que notre chef puisse statuer de votre sort en toute âme et conscience... »
Et, désignant Wololo, il ajouta :

« Mettez celui-ci à l'écart des autres ! Et donnez-moi son arme ! »
Les gardes noirs firent lever les membres de la compagnie, puis la sinistre caravane s'ébranla vers un point noir à l'horizon...le forteresse Gouzi...
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MessageSujet: Re: Saga de l'ermite vagabond   Jeu 26 Jan 2006 - 23:29

Chapitre 7 : Fuite

Dès l'arrivée dans la citadelle, les prisonniers furent conduits sans ménagement dans une cellule commune, si rapidement qu'ils ne prirent même pas la peine de les délester de leurs sacs. Il faut dire qu'ils n'avaient guère l'air de conquérants, la plupart étant trop abattus pour tenter immédiatement une action d'éclat quelconque. Seuls Sphax et Kinyon semblaient garder un semblant de courage, et, comme à son habitude, Godscourge arborait un visage fermé.
Wololo fut conduit quant à lui sous bonne garde dans l'aile opposée du château. Personne ne comprenait encore pourquoi de tels égards étaient accordés au voleur...
Boadicea s'approcha de la fenêtre. De là, elle apercevait la décoration pour le moins originale du castel : point de créneaux, mais alternativement un tas de crânes sculptés – un tonneau – un tas de crânes – etc... Elle pensa que cela donnait un style particulier à l'ensemble.
Plusieurs groupes se formèrent à l'intérieur de la pièce. Ornax, Godscourge et Celtos s'isolèrent tandis que Kinyon tentait de remonter le moral de Kell et Saphira qui broyaient du noir. Sphax s'approcha de Boadicea et regarda par la fenêtre.

« Relativement sinistre, commenta-t-il[i]
- Plutôt oui. Et on est partis pour moisir là longtemps.
- J'avoue que je ne vois aucun moyen de sortir d'ici. »

Ornax et Godscourge discutaient à voix basse. Soudain, le saurus se retourna et fit signe à Sphax de s'approcher.
« Tu portes bien des plantes dans ton sac ?
- Euh...oui, en effet.
- Aurais tu de l'Euphorbirea Morphillianus ? »[i]
Sphax se creusa la tête...ce nom ne lui disait rien.

« Ca a un nom courant ?
- Oui, la décilliane.
- J'en ai. »
Le centaure farfouilla dans son sac, et en sortit plusieurs fleurs violettes, dégageant une odeur nauséabonde. Le saurus les compta :

« Une...deux...trois...quatre...cinq. Pas mal. Je pense que cela suffira.
- Mais que veux-tu en faire ?
- Connais-tu les propriétés de la décilliane ?
- C'est un très bon coagulant, et les baies peuvent servir d'antiseptique.
- Certes, mais je ne parlais pas de ces propriétés-là. Si tu broies les feuilles de décilliane, tu obtiens un des plus puissants somnifères existants. Le problème, c'est qu'il a aussi beaucoup de goût : difficile de ne pas se rendre compte lorsqu'on l'avale, et on peut recracher.
- Quel intérêt alors ?
- Attends un peu... »
Godscourge hêla Kell. Celui-ci s'approcha, puis le sombre saurus exposa son plac à voix basse...

Le tavernier ne se sentait pas rassuré par l'idée de Godscourge. Mais c'était la seule chance qu'ils avaient de s'enfuir, c'est pourquoi il cacha son angoisse au moment ou l'autre saurus lui demanda s'il acceptait de jouer le rôle principal du projet. Il s'approcha de la porte de la cellule, et appella le gardien.

« Geôlieeeeer !
- Quoi encore ? répondit le nain aviné devant la porte.
- Sais-tu qui je suis ?
- Non, et si tu veux mon avis, je m'en fiche bien.
- Je suis Maître Kell, tavernier de Loth, détenteur des brevets sur 124 sortes de cocktails différents ! »
A ces mots, le nain ouvrit la bouche d'étonnement. La renommée de Kell était telle que tous les piliers de taverne des Terres grises le connaissaient de réputation. Il était donc peu étonnant qu'un Gouzi sache ce nom.
Le geôlier se mit à réfléchir. Il avait comme ordre de garder les prisonniers au secret jusqu'au retour du grand chef. Mais avoir sous la main un des plus grands taverniers des terres et ne pas le laisser exercer sa profession...c'était du gâchis.

« Qu'est-ce que tu nous propose ?
- Et bien, vous me laissez sortir seul, et je vous montre quelques unes de mes spécialités. J'enrage ici, je me sens inutile, donnez-moi des ingrédients et une barrique, et je vous montrerai ce qu'est l'alcool.
- Bon...mais pas d'entourloupette, hein ! » répondit le nain, dont les yeux brillaient déjà d'excitation à l'idée de la beuverie qui s'annonçait.
Il sortit des clés de sa poche, ouvrit la porte, et laissa sortir Kell, une main sur une hache mesurant presque sa taille, qu'il soulevait sans difficulté. Il referma ensuite ; les prisonniers n'avaient pas bronché.
Ils s'engagèrent dans un long couloir, avant d'aboutir devant une grande porte, très décorée. Le nain ouvrit, et Kell entra dans la plus grande salle à manger qu'il ait jamais vu. D'immenses tables couraient en zigzag, bordées de bancs tout aussi longs. De grands tonneaux se tenaient entre chaque table, à intervalles à la fois réguliers et réduits, signe de l'importance de la consommation. D'ailleurs, un trône marquant certainement la position du maître des lieux, était à lui seul encadré de quatre tonneaux, signe de l'exceptionnelle résistance du chef au coma éthylique.
Le nain regarda méchamment un groupe de serviteurs, leur cria
« Ingrédients ! » et tous coururent vers les cuisines, pour revenir en un clin d'oeil chargés de divers légumes, fruits et liquides.
Le gardien appella également ses camarades, et de nombreux guerriers accoururent dans la salle, pendant que Kell s'installait.
Il commença par inspecter d'un oeil expert les différents éléments qu'on lui proposait, avant d'annoncer :
« Il me faudra trois barriques ! »
Immédiatement, trois tonneaux se dressèrent devant lui. La partie difficile du clan se jouait maintenant : il devait assez endormir les papilles gustatives des gouzis pour qu'ils ne s'aperçoivent pas de la présence de la poudre de décilliane dans le dernier liquide.
Il commença donc par préparer un cocktail plutôt soft. D'ailleurs, Godscourge le lui avait dit :
« Pas trop fort directement, sinon, ils roulent par terre avant d'avoir bu de quoi s'endormir. Et les gouzis savent se battre ivres, mais pas endormis. »
Les guerriers se ruèrent sur le tonneau dès qu'il eut fini, afin de goûter le plus vite possible à la mixture de Maître Kell. Tous parurent satisfaits, et le saurus enchaîna sur une deuxième spécialité, plus corsée, à base de liqueur de dragon et de gelée de blob de vase. Il ajouta un peu de soufre, et annonça :
« C'est prêt ! ». Cette fois, les Gouzis se firent plus réticents, mais tentèrent quand même de boire, et tous finirent par apprécier le breuvage.
Enfin, Kell finit par son
« roule-par-terre », le cocktail auquel personne n'avait jamais résisté. Il mélangea tout ce qu'il trouvait de plus fort, et ajouta discrètement la poudre, qu'il mélangea pour être sûr que tout le monde en boirait.
Il s'écarta, et tous les Gouzis, enivrés par les précédentes boissons, se jetèrent, chope en main, sur la seconde barrique.
« Cinquante secondes », lui avait dit Sphax. Il commença alors à compter. Au bout de trente secondes, beaucoup titubaient. A quarante, presque tous s'étaient écroulés. A cinquante, chacun des guerriers ronflait comme un sonneur.
Il s'empara donc des clés du nain, et courut vers la cellule, qu'il ouvrit à la va-vite, en intimant à ses compagnons de se taire, pour ne pas alerter d'éventuels autres gardes.
Ils se séparèrent comme prévu en deux groupes : Kell, Boadicea, Kinyon et Celtos se frayaient un chemin vers la sortie, alors que Sphax, Ornax, Saphira et Godscourge tentaient de délivrer Wololo. Ces derniers s'engagèrent dans l'aile opposée à leur lieu de détention, et montèrent en haut du donjon. Comme prévu, tous les gardiens avaient déserté, attirés par l'appât de la démonstration du tavernier. Ils trouvèrent Wololo enfermé dans une cellule avec une porte en chêne massif. Ne réussissant pas à l'ouvrir, Saphira pris trois pas d'élan, et enfonça l'entrée, la porte se brisant en deux sous l'effet du choc. Wololo sortit immédiatement.
« Mer... ». Il se tut en voyant le doigt sur les lèvres de ses quatre sauveurs.
Le petit groupe dévala alors les marches du donjon jusqu'à arriver à l'entrée, ou leurs amis avaient déjà abaissé le pont-levis.
Tout le monde s'engagea vers la sortie, mais soudain, Kinyon les arrêta.
« Là-bas ! Un détachement militaire ! »
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MessageSujet: Re: Saga de l'ermite vagabond   Jeu 26 Jan 2006 - 23:29


Sphax regarda au loin, et vit alors un groupe de guerriers, arborant tous la livrée Gouzi. Les aventuriers courirent alors sur le pont, afin d'arriver au carrefour avant leurs ennemis. Ils y parvinrent, mais les chevaliers n'étaient plus qu'à une centaine de mètres d'eux lorsqu'ils commencèrent leur course-poursuite dans les forêts. Sphax reconnut en tête du cortège adverse le troll qui l'avait agressé dans les gorges de Lhull. Il s'élança et se mit au galop, mais les centaures adverses en firent de même.
Le grand troll hurla
« Attrapez le centaure gris ! Mais ne lui faites aucun mal ! »
Sphax se dit que ce devait être une ruse pour le capturer, et il redoubla d'efforts, Boadicea et Wololo courant avec lui. Les autres de ses compagnons, plus lents à la course, s'étaient enfoncés dans la forêt. Les trois centaures galopaient à perdre haleine, mais un petit groupe de cinq poursuivants s'était constitué. Les trois amis échangèrent un regard de connivence, et se séparèrent, chacun de leur côté. Mais les cinq poursuivants se jetèrent à la poursuite de Sphax, ignorant les deux autres protagonistes. Wololo continua, saisit ses bolas, et les jeta. Les deux centaures de tête s'effondrèrent, les pattes emmêlées, entraînant dans leur chute deux autres de leurs camarades. Le dernier s'arrêta et laissa partir le fuyard, tandis que Boadicea et Wololo fuyaient de leur côté, craignant de croiser la route des Gouzis. Ces derniers, après s'être relevés, se séparèrent eux aussi : deux continuèrent à suivre Sphax, tandis que les trois autres revenaient sur leurs pas, afin de disperser les spectateurs. Boadicea et Wololo rejoignirent donc leurs compagnons dans la forêt, ne pouvant plus rien faire pour aider Sphax.
Ce dernier, lui, continua sa course, jusqu'à ne plus voir ni entendre les deux centaures qui le suivaient. Il reprit alors un rythme plus tranquille, se pensant hors de danger.
C'est alors que cinq formes s'approchèrent tout autour de lui. Deux ressemblaient à des Félys, deux à des trolls, et un elfe complètait le quintet. Ils étaient tous vêtus de noir, et Sphax frémit lorsqu'il vit le § que portait leur armure.
Des Enfers.
Il avait donc été trahi.
Il ne se posa pas immédiatement la question de savoir comment, et par qui, car les cinq ombres se jetèrent sur lui. Il esquiva le premier coup, et rua pour écarter un troll qui s'était trop approché. Il parvint à s'extraire quelques temps, et se remit à courir, mais il aboutit rapidement à un cul-de-sac.
Pris au piège.
En ricanant, les cinq guerriers s'approchèrent.
Sphax cria :

« Vous ne vous attaqueriez pas à un homme désarmé ? »
Ce à quoi l'elfe répondit :

« Oh ! Que si ! C'est d'autant plus drôle ! »
Ils s'apprêtaient à se jeter sur lui lorsqu'une voix féminine derrière eux leur dit calmement.

« Moi, je trouve pas ça très drôle... »
Et, avant d'avoir pu esquisser un geste, un des trolls fut transpercé de part en part par une épée. La guerrière inconnue retira son arme du cadavre de son ennemi, para un coup que lui lançait un félys, et d'un ample mouvement le décapita net, la tête allant voler à quelques mètres de son propriétaire. Sphax ne regardait pas, ses visions le reprenaient, il ne supportait pas de voir tant de sang. Pendant ce temps, la guerrière avait esquivé un coup de l'elfe, paré celui du troll survivant, et en réponse lui avait enfoncé l'épée jusqu'à la garde dans la poitrine. Elle projeta le corps du troll sur l'elfe afin de débarasser son épée, ce qui eut pour effet de destabiliser ce dernier, qui reçut en réponse à son manque de réactivité un coup d'épée qui lui trancha la gorge. Le dernier félys tenta de prendre la fuite, mais la guerrière saisit un poignard dans son armure, et le lança, touchant le fuyard en pleine gorge.
Elle s'approcha alors du centaure, prostré près du lieu du carnage.

« Sphax ? »
Il releva alors la tête, et vit un visage qu'il ne connaissait que trop bien.
Blue.

Plus tard, calmé de ses émotions, le centaure demanda des explications à celle qu'il connaissait comme la générale des armées des Enfers. A l'énoncé de son « titre », son regard s'enflamma :

« Ne m'appelle plus jamais comme ça ! »
Sphax lança un regard interloqué.

« Je n'ai pas été jugée assez compétente pour continuer dans mes fonctions. On m'a d'ailleurs officiellement dénoncé pour trahison envers les Enfers, en plus de ma prétendue incompétence. Et lorsque je me suis défendue, on m'a reproché mon laxisme envers mes troupes.
- Sympathique
- Mais bon, je ne suis pas partie seule, d'autres n'ont pas accepté cette levée de boucliers et ont quitté le clan. Nous recherchons d'ailleurs un nouveau refuge, et en l'attente de trouver nous nous sommes dispersés. »
Sphax resta silencieux. Il était encore à moitié en proie à ses visions, et était épuisé par les évènements de la journée : capturé, évadé, poursuivi, menacé de mort, sauvé, c'était trop pour un seul homme, même à moitié chevalin.
Ils convinrent donc de faire un feu, puis, dès que ce fut fait, Sphax s'allongea. Il lutta quelques instants contre le sommeil, puis s'endormit comme une masse. Blue le veilla quelques temps, puis se livra à son tour à Morphée...
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MessageSujet: Re: Saga de l'ermite vagabond   Mar 31 Jan 2006 - 20:36

Chapitre 8 : Sauvetage

Sphax se réveilla assez tard. Il ne vit pas immédiatement Blue. Puis un bruit de sabots le fit se retourner, et il comprit que la guerrière avait trouvé de quoi manger pour la matinée : elle tenait dans chacune de ses mains un énorme lièvre auquel manquait la tête. Elle les posa, puis ralluma le feu tandis que le centaure émergeait doucement de sa torpeur.
« On peut dire que tu as bien dormi ! Ca fait déjà deux heures que je suis levée !
- Il fallait me réveiller...
- Je pouvais pas, t'as l'air d'un gros bébé quand tu dors, c'est attendrissant. »
Sur ce elle s'assit à côté de lui, et commença à faire cuire son lièvre. Elle lui donna l'autre.

« Tu ne chasses pas, mais peut-être n'est-tu pas totalement végétarien ?
- Non, effectivement. Merci pour la chasse.
- C'est rien. Au fait, tu m'as toujours pas raconté ce que tu faisais là, poursuivi par mes anciens...hem...amis.
- Faut dire que je n'y comprends pas tout moi-même.
- Et bien explique depuis le début alors. Peut-être que ça t'éclaircira l'esprit.
- Très bien. En gros, je suis parti de Loth avec une caravane de membres de mon clan. Nous voulions passer par la forêt d'Ar'Shilin, mais nous en avons été empêchés pour je ne sais quelle raison par les esprits. L'un des nôtres a d'ailleurs été blessé. On a donc choisi de prendre les pics d'Ulgoth. Mais des félys des montagnes nous en ont empêché, ils nous ont attaqué, une de mes amies est morte. Les amis qui nous attendaient à la sortie de la forêt nous ont sauvés, et nous sommes sortis des pics, pour se faire capturer par les Gouzigouloums. Là encore, je comprends pas pourquoi. Mais Kell nous a sauvés, et en sortant, une escouade gouzie nous a coursés. Je leur ai échappé, les enfers m'ont attaqué, tu es arrivée, les têtes ont sauté, je suis épuisé. Fin de l'histoire.
- C'est pas banal. Et pourquoi t'es-tu séparé de tes amis ?
- Parce que les Chevaliers ne me poursuivaient que moi ! Et je ne voulais pas que la vie de mes amis soit aussi mise en danger ! Et le pire, c'est que je ne sais pas ce que me veulent tous ces gens !! »
Sphax s'était mis à crier. Il se rendit compte de son énervement.

« Excuse-moi. Mais cette histoire me rend fou. Je n'y comprends rien !
- Je n'y peux rien. Mais j'ai entendu parler d'un vieux, tu l'as sûrement déjà rencontré. Il traînait sur Kedrok, et maintenant il radote sur Barla. Peut-être que lui saura ce qui t'arrive. On dit qu'il sait à peu près tout sur les mystères des Terres grises tant qu'il comprend ce qu'on lui demande.
- Bon, ben va pour le vieux sage. Mais euh... tu m'accompagnes pour aller le voir ? Parce que vu les évènements récents, mes chances de survie sur Barla tout seul avoisinent les 15 minutes, avant qu'un groupe d'enragés quelconques me saute dessus...
- Oui, je t'accompagne, il faut que je me cherche un nouveau clan maintenant. Et c'est sur Barla qu'on trouve les plus grands. »
Ils plièrent donc leur campement de fortune, avant de se remettre en route. La guerrière marchait à bon train, mais Sphax avait des courbatures, il grogna donc sur quelques centaines de mètres le temps de s'être étiré, puis les douleurs passèrent.
Ils avaient un bon chemin à faire encore avant de pouvoir marcher sur les Terres de Barla. Les routes n'étaient pas particulièrement dangereuses, mais il fallait se méfier, avait dit Sphax. Depuis quelques temps, son existence était sans raison devenue dangereuse, alors qu'il avait coulé une année entière de vie tranquille dans sa forêt auparavant.
Il était tellement occupé à sa réflexion que par deux fois il manqua de tomber, la faute à de traitres racines sortant du sol...
Ils arrivèrent quelques temps plus tard dans un petit bois. Aucun danger à l'horizon, indiqua Blue en lui intimant de se taire, ce que Sphax confirma : aucune présence maléfique ne peuplait ce lieu, les animaux étaient calmes. Mais un bruit persistant leur mit la puce à l'oreille. C'était une sorte de halètement, très faible, qui semblait être plus le fait d'un humain que d'une bête blessée.
Silencieusement, Sphax se rapprocha de l'origine du souffle, et vit alors un félys étendu, visiblement blessé. Blue, en le voyant, lui demanda :
« On l'achève ? ». Mais Sphax répondit par la négative. « Je le reconnais ! C'est Kinyon ! Un ami !»

Effectivement, c'était le rôdeur qui était étendu là, mais il semblait très mal en point. Sphax l'examina :
« Il est très faible. Et il a une grande blessure au flanc. Je vais essayer de le sauver. » Il chercha rapidement des herbes dans sa besace, pila celles qu'il avait trouvées, puis les appliqua à l'endroit de la blessure, en prononçant quelques paroles rituelles. L'hémorragie sembla se calmer. Mais le chat était toujours évanoui, et Sphax décida :
« Je ne partirai pas sans qu'il soit rétabli.
- Très bien. Je vais chasser un peu, l'inactivité me pèse. Tu apprécies un animal en particulier ?
- Je ne suis pas difficile.
- D'accord. A toute. »
La guerrière partit. Sphax veilla quelques temps, puis vit que la respiration du félys se faisait plus régulière. Il reprit ses esprits alors que Blue revenait.

« Où...où je suis ?
- Dans une forêt...
- Sphax ? Je t'ai trouvé finalement...
- Tu me cherchais ?
- Un peu, oui... Et qui est cette charmante demoiselle avec l'épée pleine de sang.
- Une amie, Blue. Mais j'aimerais bien savoir pourquoi tu me cherchais.
- Je vais t'expliquer, mais je pourrais pas manger un bout ? Je meurs de faim... »
A contrecoeur, Blue céda une patte de son lièvre au chat, qui croqua dedans à belles dents. Puis il posa la viande à côté de lui, et commença son récit.

« Après que tu eus fui, nous nous sommes tous retrouvés adns la forêt, ne sachant que faire. Mais alors que nous discutions, les Gouzis nous ont retrouvé. Mais ils n'avaient à ce moment aucune mauvaise intention, et nous leurs demandâmes donc pour quelles raisons ils nous avaient capturé. Lorsqu'ils virent que nous l'ignorions, ils décidèrent de ne pas nous en dirent plus, mais nous expliquèrent que tu possédais quelque chose qui était convoité par de nombreuses personnes sur ces Terres, et qu'ils avaient décidé de se l'approprier, afin qu'elles ne tombent pas en de mauvaises mains. »
Kinyon eut un petit sourire

« Enfin en de pires mains que les leurs. Leur chef troll t'avait vu dans les gorges de Lhull, et il croyait que tu voulais offrir cet objet aux Enfers.
- Mais quel objet ?
- Je l'ignore. C'est donc pour cela qu'il t'a attaqué. Mais en te voyant t'échapper, il décida de ne pas tout de suite te poursuivre et d'attendre une meilleure occasion pour t'appréhender. Il semble que la patrouille qui nous a trouvé ait confondu Wololo avec toi, sans que je comprenne pourquoi, et c'est pour cela qu'ils l'ont mis au secret. Enfin bref, nous avons par la suite décidé de nous séparer pour te retrouver et t'apprendre tout ça. Mais sur le chemin j'ai reçu une flèche, sans que je sache qui l'avait tirée. J'ai réussi à l'enlever, mais pas à arrêter l'hémorragie, et je me suis évanoui, puis vous m'avez trouvé. Voilà. »
Sphax resta silencieux. Lui, détenteur d'un trésor ? Il devait y'avoir erreur, il y'avait sûrement erreur. Il n'avait rien sur lui lors du voyage sur les terres infernales... Il s'assit en se tenant la tête. Blue s'approcha.

« Ce n'est rien. Nous demanderons au sage quand nous le trouverons. Il ne faut pas que tu perdes le cap jusque là.
- C'est pas simple.
- Je sais, mais tu n'as pas le choix. Ne t'inquiète pas, nous le trouverons. »
Kinyon leur déclara alors.

« Je suis désolé, mais malgré mon mauvais état, il va falloir que j'y aille. Je dois retrouver les autres pour leur dire que je t'ai tout raconté. Sinon, ils te chercheront pendant des lustres encore. Encore désolé de ne pouvoir plus longtemps honorer votre compagnie.
- Ce n'est rien, Kinyon. Par contre, peut-être veux-tu quelques réserves ?
- Ce ne sera pas de refus. »
Blue lui prépara quelques réserves, puis le chat se leva avec difficulté, prit son sac et partit.
Sphax resta silencieux, comme prostré. Puis Blue lui posa une main sur l'épaule, et lui dit :
« On y va ? ».
Le centaure hocha lentement la tête, reprit sa besace, et commença à marcher, Blue le suivant...
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